Cinéma

En 2004, le réalisateur belge Giles Daoust prouvait que réaliser un film, c’est facile, quoiqu’on veuille bien en dire! Tourné en 24 heures – l’influence de l’agent Jack Bauer? –, “Last Night on Earth” avait même réussi à se trouver une place en salles en cour-circuitant le système de distribution classique. Cette démarche de fou de cinéma, que ne renieraient pas les “Cinéastes à tout prix” de Frédéric Sojcher, était louable mais la qualité s’en faisait cruellement ressentir…

Pour son second long, Daoust a pris un peu plus de temps et a travaillé avec des professionnels de l’IAD. Cela se sent, même si l’ensemble garde de sacrés airs d’amateurisme. Sans doute par manque de moyens. Cela ne touche malheureusement pas que la forme mais aussi le scénario, un peu vite torché.

Le cinéaste se concentre sur la relation ambiguë entre Alex, jeune trisomique paraplégique depuis une chute dans l’escalier, et sa sœur Melinda, qui s’occupait de lui au quotidien. Mais, enceinte jusqu’aux dents, la jeune fille est sur le point de quitter le domicile familial, dont l’atmosphère est devenue invivable. Car la famille est en crise, la mère hystérique et le père, artiste raté colérique, ne semblant nullement prêts à se résoudre à ce changement brutal. Lors d’un repas dominical, leur vie bascule quand une étrange porte en bois fait son apparition à l’étage, semblant dévorer, les uns après les autres, le copain du petit frère, le petit frère, la mère…

Si Giles Daoust choisit le fantastique, ce n’est bien entendu pas pour nous livrer un slasher à la belge. Mais plutôt pour explorer les tensions qui peuvent exister dans une famille, qu’il s’applique à faire littéralement exploser, bain de sang à l’appui. En choisissant de conserver à l’ensemble une tonalité assez réaliste, tournant le dos à bon nombre de codes du genre, le réalisateur parvient à distiller une tension réelle. Malheureusement, celle-ci est constamment cassée car Daoust choisit de grossir systématiquement le trait.

Ainsi, si Pascal Duquenne et Caroline Veyt (déjà au générique de “Last Night on Earth”) apparaissent convaincants, Philippe Résimont, en père dérangé, finit par agacer à coups de colères théâtrales et de grimaces surexpressives… De la même manière, toutes les thématiques, de l’inceste à la trisomie, en passant par l’impuissance, sont systématiquement surlignées par un symbolisme lourdingue, axé notamment autour de la naissance. N’est pas David Lynch qui veut…

De plus, on a cette désagréable impression que Daoust ne convoque ces thèmes que par pur jeu gratuit, poussant parfois jusqu’à la caricature ridicule. Comme lorsque défilent sur une télévision les images de l’enfance maltraitée un peu partout dans le monde… Un effet finalement terriblement creux et limite complaisant.

Seul véritable parti pris affirmé et qui fonctionne, celui de donner à Duquenne le rôle du méchant… Coincé dans sa chaise roulante durant tout le film, jouant de regards en coin, il s’en tire haut la main en signant une réelle performance d’acteur.