Cinéma Un film historique étonnant venu d’Arabie Saoudite et de Jordanie.

Il suffit de jeter un œil aux génériques des films qui sortent sur nos écrans pour se rendre compte que, depuis quelques années, les pays du Golfe se sont mis à investir dans le cinéma, alors que celui-ci est toujours officiellement interdit dans certains d’entre eux… Après "Wadjda" d’Haifaa al-Mansour, voici donc un nouveau film en provenance d’Arabie Saoudite, avec le soutien du Qatar et de la Jordanie, mais aussi de la Grande-Bretagne et de la Suisse.

Si le film atterrit sur nos écrans, ce n’est heureusement pas par goût pour l’exotisme mais bien parce que "Theeb", récompensé du prix du meilleur réalisateur dans la section Orizzonti de la dernière Mostra de Venise, est une œuvre forte et universelle.

On y suit le destin d’un petit garçon nommé Theeb (signifiant "loup") durant la Première Guerre mondiale. Le gamin décide de suivre son grand frère Hussein, contraint par le code bédouin (qui impose l’accueil et la protection de tout étranger qui en fait la demande) d’escorter un jeune soldat britannique dans le désert du Hijaz, dans l’ouest de l’Arabie Saoudite. Mais la zone est infestée de brigands et autres révolutionnaires. Quand tout tourne mal, Theeb se retrouve seul, obligé, pour survivre, de collaborer avec celui qui vient de tuer son frère…

Né en Angleterre en 1981, le jeune cinéaste Naji Abu Nowar a vécu dix ans dans un petit village du désert. Totalement imprégné par la culture bédouine, il livre un film qui s’inspire de leurs coutumes, de leur poésie, de leurs contes pour construire une histoire universelle. Celle du passage à l’âge adulte d’un gamin condamné à grandir trop vite, tiraillé entre sa curiosité et l’obligation de respecter les coutumes de sa famille, de son clan.

Situé dans des paysages à couper le souffle - le film a été tourné en Jordanie, dans le même désert où David Lean a tourné "Lawrence d’Arabie", auquel on pense forcément à travers le personnage de l’officier anglais -, "Theeb" est porté par un souffle, celui du désert, et par une vraie tension dramatique qui lui confère des airs de tragédie bédouine. Naji Abu Nowar réalise en effet la parfaite synthèse entre sujet et ambiance arabes et narration occidentale.


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 Réalisation : Naji Abu Nowar. Scénario : Naji Abu Nowar et Bassel Ghandour. Photographie : Wolfgang Thaler. Musique : Jerry Lane. Montage : Rupert Lloyd. Avec Jacir Eid Al-Hwietat, Hussein Salameh Al-Sweilhiyeen, Jack Fox… 1h40.