Cinéma Entre 40 et 45, le film était une arme ; Gemma Arterton, une scénariste canon.

Dès son arrivée au pouvoir dans les années 30, Hitler instrumentalise le cinéma en arme de manipulation massive de ses compatriotes. Avec retard, les alliés répliquent. Début des années 40, la fameuse série "Why We Fight" - sept films de montage réalisés par Frank Capra et Anatole Litvak - conscientise l’opinion américaine à une guerre se déroulant loin de chez elle.

Dès 1939, Winston Churchill est confronté au même défi : préparer ses compatriotes à un conflit inéluctable alors que la bataille se déroule en Tchécoslovaquie, puis en Pologne et que, par ailleurs, les idées nazies jouissent d’une certaine popularité en Angleterre. Lui fera appel au cinéma, au réalisateur producteur Alexander Korda pour mobiliser la profession et lancer un programme de films de propagande.

Au ministère de la guerre, on trouve ainsi un département cinéma dont la mission est de produire des films chargés de faire passer des idées, des comportements, des informations parmi les 30 millions de fidèles du grand écran. Des spectatrices surtout. C’est ainsi que Catrin Cole est, un jour, invitée, par cette administration, à réécrire des dialogues féminins. Le test s’avérant concluant, on lui propose d’entamer les recherches sur un projet autour de deux sœurs d’un petit port du Devon ayant subtilisé le bateau de leur père, un pêcheur, pour se porter au secours des soldats anglais bloqués à Dunkerque.

Une fois n’est pas coutume, ce "film dans le film" se concentre sur un duo de scénaristes composé d’un homme expérimenté et d’une femme débutante arrivée chanceusement et découvrant ses talents. Le ton est celui de la comédie, de l’autodérision. Le cinéma chambre amoureusement ses auteurs et leur façon de tordre la réalité pour la rendre cinématographique. "Le cinéma, c’est la vie sans les moments ennuyeux", explique l’un d’eux. De leur imagination pour intégrer les demandes de la production comme ajouter un Américain pour sensibiliser les USA qui ne sont pas encore en guerre. On ajoutera un nuage de romance - comment ne pas tomber amoureux de Gemma Arterton - ainsi qu’un rôle sur mesure pour Bill Nighy en irrésistible cabot.

Au sang et aux larmes promises par Churchill, s’ajoutent les messages transmis par le cinéma durant cette période. Ce sera la chance de certains. Monteur, David Lean fut réquisitionné par Noël Coward, monstre du théâtre anglais, pour l’aider dans son premier (et unique) film: "Ceux qui servent en mer". Il y dirigera Celia Johnson, héroïne de son futur chef-d’œuvre "Brève rencontre" (sur un scénario de Noël Coward).


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Réalisation : Lone Scherfig. Scénario : Gaby Chiappe d’après l’œuvre de Lissa Evans. Avec Gemma Arterton, Sam Claflin, Bill Nighy, Richard E. Grant… 1 h 57.