Cinéma Le réalisateur d’"Oslo, 31 août" s’essaie au cinéma de genre.

Depuis vingt ans, le cinéma scandinave nous amène régulièrement des découvertes rafraîchissantes. Parmi les derniers venus, le Norvégien Joachim Trier s’est distingué avec ces deux premiers films, "Oslo, 31 août" (2012) et "Louder than Bombs" (2015), tous deux sélectionnés au Festival de Cannes. Forcément, on attendait avec curiosité "Thelma".

L’ouverture est impressionnante : un homme, armé d’un fusil, et une enfant marchent sur l’immensité d’un lac gelé. La gamine s’arrête, hésitante, regard plongé sur ce qui se cache sous la glace. L’homme lui intime de poursuivre son chemin. Un peu plus loin, dans la forêt, ils croisent un daim. Au moment de pointer son arme sur l’animal, le chasseur a un geste inattendu et terrifiant. Cut.

Des années plus tard, l’enfant est devenue une jeune fille réservée. Thelma (Eili Harboe, une révélation) réussit à persuader ses parents, conservateurs bigots, de la laisser partir à l’université, à Oslo.

L’intégration est d’autant moins simple pour cette jeune femme qui a grandi recluse que de soudaines crises d’épilepsie la transforment en phénomène de curiosité. Seule Anja (Okay Kaya) fait preuve d’empathie et d’attentions à son égard. Thelma s’interroge sur les maux qui l’affectent, d’autant que ses parents semblent lui en avoir caché l’origine. Et des phénomènes étranges se manifestent autour d’elle.

Joachim Trier s’essaye à une variation audacieuse autour du cinéma fantastique d’antan. Il lorgne manifestement vers le "Carrie" de Brian de Palma (1976) (ou le roman original de Stephen King), mais avec un ancrage plus réaliste et moins maniéré - un peu dans la veine de "Morse" (ou "Let the Right One In") du Suédois Tomas Alfredson (2008), autre film néofantastique scandinave d’excellente mémoire.

Mais si Joachim Trier épure à la perfection la forme, il rajoute des couches thématiques à n’en plus finir - de la religion à l’homosexualité, en passant par le choc des communautés urbaines et provinciales.

In fine, "Thelma" balance entre plusieurs registres. Le film semble par instants se construire contre lui-même - entre tentation mainstream et fidélité au cinéma d’auteur. Le parti pris anti-spectaculaire dans la mise en scène est contredit par des ressorts scénaristiques un peu gros ou prévisibles.

Dans la deuxième partie, la dimension fantastique, plus convenue voire clichée (pourquoi faut-il que les parents des enfants atypiques soient toujours des fous de Dieu ? Pourquoi ne seraient-ils pas des gens ordinaires craignant simplement la différence ?) prend le pas sur la très belle approche des tremblements nés du désir coupable, créant la confusion entre le réel et l’imaginaire. Dans ces moments-là, Trier flirte avec un grand film qui, même de peu, finit par lui échapper.


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Réalisation : Joachim Trier. Avec Eili Harboe, Okay Kay, Grethe Eltervag, Kaya Wilkins, Henrik Rafaelsen,… 1h56.