Cinéma Le Britannique Martin McDonagh fait voler en éclats une petite ville du Missouri. Jouissif !

Visage tendu, Mildred (Frances McDormand) roule sur une petite route de campagne du Missouri. A l’entrée d’Ebbing, elle dépasse trois panneaux publicitaires géants. On la retrouve dans la rue principale de cette petite ville de campagne comme il en existe tant dans le Sud profond des Etats-Unis. Elle entre dans le bureau de l’agence de pub locale et demande à louer à l’année ces trois panneaux de bois à l’abandon. Elle y fait inscrire, au vu de tous : "Ma fille a été violée pendant qu’elle était en train de mourir / Aucun suspect n’a été arrêté / Comment est-ce possible shérif Willoughby ?" De quoi mettre le feu aux poudres et faire exploser les démons de cette petite communauté paisible… Entre Mildred, le shérif (Woody Harrelson) et son adjoint Dixon (Sam Rockwell), borné et raciste au dernier degré, la guerre est déclarée.

Porté par un casting aux petits soins (où l’on croise aussi Peter Dinklage et Abbie Cornish), "Three Billboards" est un excellent polar, reposant sur des personnages hauts en couleur mais qui ne versent jamais dans la caricature. A la barre, on retrouve le dramaturge britannique Martin McDonagh, découvert au cinéma grâce à "Bons baisers de Bruges" en 2008. Egalement auteur du scénario, il réussit en effet à conférer à chacun une vraie profondeur, une vraie humanité, même aux pires crapules. De quoi permettre de faire passer les situations les plus rocambolesques.

La présence de Frances McDormand (à nouveau exceptionnelle dans le rôle de cette femme dure, prête à tout pour venger sa fille) et la musique de Carter Burwell renforcent évidemment la filiation avec le cinéma des frères Coen. Sauf que chez Martin McDonagh, la colère est plus dense, retenue depuis trop longtemps. Son explosion n’en est dès lors que plus violente.

"Three Billboards" est en effet un portrait sans concession du sud de l’Amérique dans tout ce qu’il a de plus sale. L’humour ravageur fait resurgir à la surface tous ces fantômes que l’Amérique ne parvient pas à enfouir : racisme, hypocrisie, violence, soif de vengeance, frustration… La situation actuelle des Etats-Unis, un an après l’élection de Donald Trump, renforce évidemment le sentiment d’assister à l’explosion d’une rage froide qui traverse tout un pays déboussolé, qui a perdu ses valeurs.

Mais jamais le Britannique Martin McDonagh ne joue aux donneurs de leçons, n’opte pour le noir et le blanc. Ici, tout est gris, chaque personnage possède ses secrets inavouables, ses failles. Et chacun, aussi, aura droit à une forme de pardon et de rédemption…


© IPM
Scénario & réalisation : Martin McDonagh. Photographie : Ben Davis. Musique : Carter Burwell. Montage : John Gregory. Avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dincklage, Abbie Cornish, Zeljko Ivanek… 1 h 55.