Cinéma

Trentenaire sage, Michal cherche l’amour depuis une dizaine d’années, multipliant les rencontres arrangées avec de bons juifs religieux. Car ce qu’elle recherche, c’est l’amour unique et éternel devant Dieu, un mari qui l’aimera et qu’elle aimera avec dévouement. Et pour, aussi, que cesse cette humiliation d’être célibataire dans une communauté juive orthodoxe où le mariage est quasi une obligation vis-à-vis du Créateur. Alors qu’elle croit enfin avoir trouvé le bon, celui-ci lui annonce à la veille de leur mariage qu’il y a un petit problème : "Je ne t’aime pas…"

Désespérée, Michal décide de faire un pari. Elle loue une salle et invite 200 personnes à son mariage, qui se déroulera le 8e et dernier soir d’Hanouka. Il lui reste 22 jours pour trouver l’heureux élu. Elle en est persuadée : si elle y croit de toute son âme, Dieu lui fournira un mari !

Découverte en 2015 en compétition à Venise avec le très beau "Fill the Void", Rama Burshstein est une voix peu commune dans le cinéma israélien, celle d’une réalisatrice religieuse. Ayant grandi à Brooklyn, la jeune fille a connu une adolescence difficile avant de trouver la foi et d’émigrer en Israël, où elle vit dans une communauté juive orthodoxe. Dans son premier film déjà, elle rendait compte de son expérience de femme juive croyante en contant le quotidien d’une jeune fille qui finira par tomber amoureuse de l’homme qui a été choisi pour elle.

Le thème est identique ici sauf qu’au lieu d’être traité avec délicatesse et poésie, il l’est par la comédie. La cinéaste se souvient en effet de sa jeunesse américaine pour s’essayer à une improbable comédie romantique juive orthodoxe. Le problème n’est pas seulement que Burshstein accouche de personnages totalement caricaturaux et se serve de grosses ficelles pour faire avancer son récit, c’est surtout qu’elle livre une comédie qui n’est jamais drôle. On devrait rire face au pari absurde de son héroïne, on souffre au contraire de la voir ainsi aller jusqu’au bout de l’humiliation.

Car si, niveau cinématographique, on touche à l’indigence, sur le fond, cette romance alourdie de chansons pop religieuses offre une vision de la femme totalement rétrograde. Voilà en effet un film féministement très incorrect, qui condamne peu ou prou la femme à aimer le premier homme qui veut bien d’elle. Désespérant…


© IPM
Scénario&réalisation : Rama Burshstein. Photographie : Amit Yasour. Musique : Roy Edri. Montage : Yael Heronski. Avec Noa Koler, Oz Zehavi, Dafi Alpern, Amos Tamam… 1h50.