Torpédo: Little Mich’ Sunshine

Fernand Denis Publié le - Mis à jour le

Vidéo
Cinéma

Allô, Michel Ressac ? Devinez qui vient dîner chez vous ? Eddy Merckx ! Vous avez gagné un dîner avec Eddy Merckx ! Il suffit pour cela de vous présenter au Sofa-Life entre 10 et 18h30. Et en famille."

Michel Ressac en tombe de son lit. C’est pas bien haut, son matelas est posé par terre dans son déprimant capharnaüm. Mais tout de même. C’est un petit choc. Venu du ciel. De quoi faire germer une idée : redorer son blason auprès de sa famille en organisant une prestigieuse fête pour l’anniversaire de son père en présence d’un invité d’honneur, Eddy Merckx. Hénaurme. Et de sauter dans son mobile home pourri pour se rendre chez sa sœur - pas facile sans GPS, d’autant que son quartier résidentiel a proliféré depuis sa dernière visite. Son deal : elle s’occupe du dîner, il amène l’invité. Problème, chez Sofa-Life, on exige une famille au complet, et Michel vit seul. Solution: emmener le gamin du voisin, convaincre une ex de l’accompagner une demi-heure et le tour est joué. Pas sûr ! Les vendeurs sont formés à séparer le pigeon de l’insolvable. Michel se fait recaler dès l’entrée. Mais il en faut plus pour stopper un Ressac. Quand il a une idée dans la tête, elle n’en sort plus, elle se fixe. Un vendeur va le comprendre à ses dépens.

Pour son premier film, le Bruxellois Matthieu Donck n’a pas eu froid aux yeux en se lançant dans un genre difficile : la comédie d’auteur. S’il fallait situer son "Torpédo", on le localiserait au croisement des "Convoyeurs attendent" et de "Little Miss Sunshine". D’un côté, le portrait d’un individu plutôt marginal, qui a pris pour argent comptant une entourloupette de marketing. Et de l’autre, un road movie, un Bruxelles-Brest. Le temps du voyage étant mis à profit pour que Michel, son ex et le gamin du voisin s’entraînent à former une famille, pour accrocher Eddy Merckx et renouer avec la famille authentique.

C’est quoi une famille, au fond ? Universelle et fondamentale, la question est posée intellectuellement à chaque spectateur mais très concrètement à Michel Ressac. Même s’il n’avance plus que par habitude, si les installations du contrôle technique lui sont inconnues, Matthieu Donck envoie son mobile home sur les chemins de traverse d’une petite route de comédie, avec des arrêts de suspense, des accents de mélodrame, des éclairs d’absurde.

Ça roule bien, car François Damiens tient le volant avec un formidable doigté, toujours drôle, sans jamais donner l’impression de vouloir l’être, toujours attachant, sans forcer sur la naïveté, toujours énergique, même si on ne peut s’empêcher de le trouver pathétique. En un mot, il confère à son personnage une humanité à laquelle Audrey Dana rajoute du relief en apportant une touche, non pas rose, mais rude de comédie romantique, voire d’anticomédie romantique, ça se discute. Le petit Cédric Constantin fait le Kevin avec naturel et complète brillamment la photo de famille. Excellent aussi en vendeur cynique, hargneux et désarçonné, Christian Charmetant est importé malgré lui dans l’aventure.

Ça roule aussi, grâce au regard de Matthieu Donck qui - dans la ligne de Benoît Mariage et plus encore celle de Bouli Lanners - a l’ œil pour dévoiler la beauté cachée d’une place de village, d’un lever de soleil dans la campagne. Il y a même une touche de Wenders, celle qui rend magiques des endroits sinistres.

Il n’est pas trop engageant au premier regard, on ne saurait trop vous recommander de grimper dans le mobile home de Matthieu Donck. Il a la route devant lui.

Fernand Denis

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