Total Recall : Une sensation de déjà-vu

A.Lo. Publié le - Mis à jour le

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Cinéma

Dans un monde futuriste, la Terre entière a été ravagée. Seule subsiste une Fédération de la Grande-Bretagne et, à l’autre bout du monde, la Colonie. Cette dernière fournit à la première une main-d’œuvre à bon marché, qui fait la navette en 17 minutes en traversant l’écorce terrestre dans un tunnel géant. Douglas Quaid (Colin Farrell), ouvrier dans une usine où sont fabriqués les policiers synthétiques (des robots, donc), fait un rêve récurrent où il est traqué, en compagnie d’une jeune femme (Jessica Biel). Sa vraie femme (Kate Beckinsale) essaie de l’aider à en percer la signification. En désespoir de cause, Doug décide de recourir à Rekall, une compagnie qui permet d’implanter dans le cerveau des souvenirs virtuels. L’opération tourne court, et Doug se retrouve pourchassé par les forces spéciales de la Fédération : aux yeux de tous, il est un dangereux agent secret au service de la Résistance qui lutte contre le pouvoir du chancelier de la Fédération.

Paul Verhoeven avait déjà adapté, en 1990, la nouvelle "Souvenirs à Vendre", de Philip K. Dick - avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle principal. Avec un titre comme "Total Recall", elle semblait prédestinée à un remake. Les nombreux airs de déjà-vu sont à chercher ailleurs dans ce pot-pourri concocté par Len Wiseman (initiateur de la saga "Underworld" dont il a réalisé les deux premiers opus). A la tête d’un film, dont le héros a un petit problème de mémoire, M. Beckinsale multiplie les réminiscences visuelles sans état d’âme. On reconnaît ainsi dans les ruelles de la Colonie, perpétuellement pluvieuses, surpeuplées et plongées dans la pénombre, celles du Los Angeles futuriste de "Blade Runner" de Ridley Scott. Les policiers synthétiques évoquent les androïdes de "I, Robot", d’Alex Proyas et l’image des phalanges qu’ils forment avant d’envahir la Colonie rappellent, cadrage compris, celles des Storm Troopers dans l’épisode 3 de "Star Wars". La poursuite en voiture magnétique décalque celle de "Minority Report". Wiseman a la mémoire cinéphile dans la peau jusque dans la scène où Doug découvre des bribes de son identité dans le coffre d’une banque, tel Jason Bourne

On pourra toujours parler pudiquement d’hommage, d’autant que deux des films précités étaient déjà des adaptations de Philip K. Dick. Malheureusement, plus que chez tous ses prédécesseurs, Wiseman privilégie l’action, toujours plus spectaculaire au fil de deux (longues) heures. Il oublie en chemin d’adopter un point de vue - un comble avec un tel matériau. Si le réalisateur prend toujours son pied à filmer sa chérie Beckinsale (qui, monolithique, fait la méchante en fronsant les sourcils derrière sa tignasse), Farrell n’a guère le temps (ni l’envie ni le talent ?) de donner un peu de profondeur à son gaillard. Même Schwarzy suscitait plus d’empathie, c’est dire Quant à Jessica Biel, qui joue les utilités physiques, le gag veut qu’elle retrouve ici sa naturelle couleur brune dans le rôle qui révéla la décolorée Sharon Stone jadis - et elle perd au change. Seul le spectacle empêchera les moins exigeants de s’ennuyer. Les autres préféreront qu’on efface cette nième débauche de pyrotechnie de leur mémoire.

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