Cinéma Avec cette mise en scène du rapt du petit-fils du milliardaire américain, Ridley Scott signe un des meilleurs titres de son impressionnante filmo.

Les pauvres ne connaissent pas leur chance. Leurs enfants ne risquent pas d’être kidnappés, une activité criminelle très florissante dans les années 70.

Certains rapts ont marqué les esprits comme l’enlèvement de Patricia Hearst, la petite-fille du magnat de la presse américaine qui a pris fait et cause pour ses ravisseurs. Lola Laffont vient de lui consacrer un livre.

Ridley Scott, lui, met en scène, un kidnapping qui a fait le tour du monde en 1973, celui de John Paul Getty III, le petit-fils de John Paul Getty, l’homme le plus riche du monde, même l’homme le plus riche depuis que l’homme existe, affirme le film.

Il a 17 ans lorsqu’il est enlevé à Rome par des ravisseurs qui exigent 17 millions de dollars pour sa libération. Le montant devait être plus rond en lires (et bien plus astronomique encore). Evidemment, rien ne va se passer comme prévu, non seulement les rebondissements sont stupéfiants, mais il y a de quoi nourrir un passionnant thriller… psychologique .

C’est que la dimension policière est assez négligeable, impossible de se lancer sur les pistes de dizaines de revendications. La tension de ce thriller ne vient pas du jeu du chat et de la souris entre enquêteurs et malfrats, mais entre une mère qui veut sauver son fils mais n’a pas l’argent et son ex-beau père, - incapable de compter son argent - il y en a trop - mais qui refuse de lâcher un dollar pour son petit-fils.

Le développement de cette trame voit surgir un deuxième thème : comment être riche ?

Et Ridley Scott d’exposer quelques comportements caractéristiques du milliardaire, dont son désir irrépressible de l’être toujours davantage. De quoi assécher définitivement la théorie du ruissellement. Voilà qui rend ce thriller autrement plus passionnant qu’une succession de fusillades et de cascades. Car il ne s’agit pas de faire le portrait d’un avare américain, de creuser le thème de la cupidité mais d’observer un champion du business à l’œuvre, de prendre le pouls d’un cœur froid comme le marbre des statues antiques qu’il collectionne.

Il y a du "Citizen Kane" dans ce J. Paul Getty, dans cette façon d’entasser les œuvres dans son palais anglais, de ne pouvoir ressentir d’émotion qu’en présence d’une œuvre d’art qu’il chérit. D’où sa capacité à claquer des millions pour une toile de la Renaissance mais pas pour la rançon de son petit-fils.

A l’instar du kidnapping, le film ne s’est pas, non plus, déroulé comme prévu. En effet, l’interprète de Paul Getty, Kevin Spacey, fut emporté par les suites du scandale Weinstein. Alors que le montage était terminé, Ridley Scott a néanmoins pris la décision de faire retourner toutes les scènes de Spacey par un autre acteur - Christopher Plummer -, sans même modifier la date de sortie, course aux oscars oblige.

La performance technologique est hallucinante car elle est invisible. Mais, au-delà, on a la conviction que ce remplacement bénéficie au film. Christopher Plummer n’a pas eu besoin des cinq heures de maquillage imposées à Spacey pour avoir l’air d’avoir 81 ans, vu qu’il en a 88 (mais il ne les fait pas). Et puis, son image est bien moins stéréotypée que celle de Spacey, ce qui rend d’autant plus glaçant et fascinant, son affrontement avec sa belle-fille, Michelle Williams dont la fébrilité, jamais forcée, est toujours bouleversante. Mark Wahlberg surprend aussi dans un rôle en creux. On se dit qu’il va être l’homme de la situation. Pas vraiment.

A 80 ans, Ridley Scott signe un des meilleurs titres de son impressionnante filmographie.


© IPM
Réalisation : Ridley Scott. Scénario : David Scarpa d’après l’œuvre de John Pearson. Image : Dariusz Wolski. Directeur artistique : Arwel Evans. Avec Michelle Williams, Christopher Plummer, Mark Wahlberg, Romain Duris… 2h15.