Cinéma

Renaat Lambeets ("Sœur Sourire", clips de dEUS) et Manu Riche ("Strip tease", "Hoge Bomen") n’en sont pas à leur première collaboration. L’un, ami de "Tommy", et l’autre, qui a plus de recul par rapport au chanteur, se sont fondus dans l’univers de Tom Barman pour en extraire le plus de réalité possible.

Ce documentaire sur Tom Barman est surtout axé sur le travail du musicien…

Manu Riche : c’est un film sur Tom Barman, son groupe, et ses relations. On est dans son monde à lui. Jamais du côté du public. Dans le montage, on a vu tout de suite qu’il ne fallait pas passer de l’autre côté du rideau, mais rester en coulisses. C’est donc aussi un film sur les relations de travail de Tom, et sur un vrai travailleur. On le montre comme un organisateur convaincu mais qui doit convaincre aussi. On veut voir d’où vient sa motivation : "Pourquoi le chanteur fait ça ?"

Découvrir un homme derrière une image…

M.R. : Oui, ce qui nous intéresse, nous, c’est de le filmer dans des situations naturelles. On essaie simplement de voir les choses. C’est notre film sur Tom Barman. Tom Barman est plus que ça aussi. Mais ça, c’est l’image qu’on a pu faire de lui.

L’idée du film est-elle née des images ?

M.R. : Non, Renaat tournait beaucoup d’images de concerts avec eux mais c’était plus pour leurs archives. Ici, les images qu’on a commencé à tourner, en 2005, c’était déjà avec l’idée d’un documentaire, qui s’est ensuite focalisée sur Tom.

Renaat Lambeets : Oui parce c’était aussi une période émotionnellement très dure pour Tom. Le bassiste a quitté le groupe, ils ont annulé une tournée en Angleterre Il y a eu les problèmes avec le bassiste, avec Danny, puis Craig a quitté Pfff Donc, pour Tom tout tombait à l’eau.

Et vous vous êtes dit : “C’est le moment” ?

M.R. : Oui. Ils finissaient "Pocket Revolution", et voulaient faire une grande tournée. C’était le come-back et on s’est dit que c’était une bonne période pour entrevoir qui est la personne de Tom derrière tout ça.

R.L. : Et puis on s’est dit : "c’est maintenant ou jamais. Ils deviennent le deuxième U2 ou c’est rien".

M.R. : Enfin, c’est entre les deux quand même, hein (rires). Il y a aussi eu cette idée d’un concert à Anvers, qui s’est transformé en 0110. Tout ça a fait que le personnage de Tom devenait intéressant parce que au-delà de l’artiste il y avait son engagement politique. Et il y avait aussi le commencement d’un nouvel album, qui est "Vantage Point". Et donc on a pu faire un cycle de "Pocket" à "Vantage".

Comment avez-vous travaillé pour obtenir un Tom Barman aussi naturel, dans son intimité ?

R.L. : Tout est tourné à l’épaule mais on ne cherche pas à dire que c’est l’épaule. On n’est pas en mode "Dardenne". Quand on arrive dans une situation, comme par exemple dans les loges à Werchter, on s’assied comme eux, on attend comme eux, on boit un verre comme eux. Sauf qu’on est là avec la caméra et le son. On n’a pas d’installation. Notre installation, c’est de se fondre dans la situation. Puis on attend souvent très longtemps. Et parfois on se regarde et on se dit "il y a quelque chose qui se passe, on y va". On filme de façon très spontanée.

Le résultat l’a d’ailleurs effrayé ?

M.R. : Oui, il y a une remise en question dans la première scène. C’est une séquence qu’on a forcément tournée tout à la fin.

R.L. : Donc on s’est dit : "C’est un bon début" (rires).

M.R. : Tom a eu une espèce d’angoisse. Il a réalisé que ces images, il ne les avait pas du tout contrôlées. Il nous a donné carte blanche mais lorsque le film était fini, il s’est demandé : "qu’est-ce que c’est ?", "C’est comment ?"

Sa famille occupe une grande place dans cette scène, dans tout le film.

M.R. : Pour nous la relation mère-fils, c’était très important. Il est clair qu’au-delà des copines de Tom, qu’on ne voit pas mais il n’y a pas tellement , la constante c’est sa mère C’est pas pour dire que c’est le garçon de sa maman, non. Mais il se montre dans cette relation-là.

Et pas avec une petite amie…

R.L. : Il n’y en a pas, il y en a plusieurs, et il n’y en a pas.

M. R. : Ça reste une de ses préoccupations, mais qu’il n’arrive pas à montrer. Les rares fois où on l’a filmé avec des copines, ce n’était pas très intéressant.

R.L. : Et ça change et puis il n’a pas de temps pour s’engager. Il veut hein, il veut avoir une vie de famille, mais il n’a pas de temps pour ça.

M.R. : Il n’a surtout pas de temps dans sa tête pour ça.

Parce qu’il réfléchit beaucoup, sur sa musique, sur lui-même ?

M.R. : Oui. Quand il voit que dEUS est catalogué d’"alternative music", parce que sur Itunes tu dois faire un choix, et que Coldplay qui vend des millions de disques est aussi considéré comme alternatif, Tom se demande : "Qui suis-je moi ?", "Et dEUS là-dedans ?"

L’agitation dans son esprit c’est d’ailleurs le titre du film…

M.R. : Oui c’est une âme agitée, tout le temps. Il réfléchit beaucoup. Il développe des chansons continuellement. Mais il a aussi un côté impénétrable, qu’on voit assez bien dans le film.

C’est comme ça que vous vouliez le montrer ?

R.L. : On voulait juste le montrer tel qu’il est.

M.R. : On a essayé de voir la réalité. Je sais que c’est une composition, que la réalité n’existe pas, mais j’essaie de voir la vie dans la réalité.