Trois Magritte pour "Ernest et Célestine"

Alain Lorfèvre Publié le - Mis à jour le

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Cinéma

Fabrizio Rongione a à nouveau assuré son rôle de maître de cérémonie comme il se doit. Ouverture plutôt politique, avec vannes à l'adresse des édiles présents - un coup pour Laurette Onkelinx ("Je vais voter pour vous. Voyez en France, ils ne le regrettent pas"), un autre pour Reynders ("Je vais voter pour vous. Ah non, je ne suis pas encore assez riche), un autre pour Joëlle Milquet. Le comédien n'a pas manqué de faire des allusions aux incertitudes soulevées par le nouveau statut d'artiste - nombreux étaient les comédiens arborant un badge. Ni de se moquer gentiment des éternelles aberrations de ce genre de cérémonie- "Steve Driessen, nommé pour le meilleur espoir masculin - à 42 ans : avenir prometteur mon garçon".

Le fait notable de la cérémonie, c'est l'attribution du Magritte du Meilleur acteur à Benoît Poelvoorde - sa première récompense en vingt-cinq ans de carrière. Mais un fait dans le ton de cette quatrième cérémonie : sans surprise. La plupart des prix remis étaient prévisibles - sauf chez les actrices, reflet d'une année un peu en demi-teinte côté francophone, qui réduisait les alternatives aux oeuvres et artistes primés, ce qui n'enlève rien à la qualité de ces derniers.

Une cérémonie un peu terne, aussi, sur le fond, plombée - de façon compréhensible - par deux dossiers politico-législatif qui accaparent les professionnels belges : la réforme (actée) du statut des artistes et celle (en projet) du tax shelter. Mais Vincent Tavier, producteur d'Ernest et Célestine, Magritte du Meilleur film, l'a terminée en beauté. Après avoir salué, parmi l'équipe, son producteur et ami (absent) Philippe Kauffmann et son coproducteur français Didier Bruner, celui qui fut de l'aventure de C'est arrivé près de chez vous il y a vingt-cinq ans - avec, belle coïncidence, Benoît Poelvoorde, a fait un remerciement collectif aux artistes qui font le cinéma belge dpeuis un quart de siècle, citant nommément Patrick Quinet, président de l'Union des producteurs de films francophones, et n'oubliant pas aussi ses homologues et partenaires flamands.

Patar et Aubier, également sacré meilleurs réalisateurs pour Ernest et Célestine ("C'est trop" a dit Vincent Patar) contribuent au sacre du premier film d'animation aux Magritte. Ce faisant, c'est une vraie lame de fond du cinéma belge très actif en animation (rien que dans les prochaines semaines trois films d'animation coproduits et réalisés en partie en Belgique sortiront en salle : "Minuscules", "Jacke et la mécanique du coeur" et "Ma maman est en Amérique"). Les deux créateurs de "Panique au Village" n'ont pas manqué de saluer leur coréalisateur français - Benjamin Renner - "sur la cheminé duquel ira ce Magritte" a assuré Vincent Patar. Renvoi d'ascenseur, aussi, vers les frères Serge et Marc Umé, de Digital Graphics, qui ont conçu le programme permettant d'animer les très belles aquarelles du film, dans le respect de l'oeuvre originalle de Gabrielle Vincent. Dans un même esprit confraternel, Franco Piscopo, de l'équipe son d'Ernest et Célestine, qui a remporté, a aussi salué le bruiteur du film, Bertrand Boudaud, Français (donc pas nommé) mais présent dans la salle.

Après sa nomination l'année dernière dans "Dead Man Talking", Pauline Burlet a cette fois décoroché le prix - sans surprise - pour son interprétation dans "Le Passé" d'Asghar Farhadi, où elle interprétait la fille de Bérénice Bejo. L'émotion d'Achille Ridolfi, meilleur espoir masculin, n'était pas feinte. Sa voix tremblait lors de ses remerciements, à son réalisateur Vincent Lannoo, mais aussi toute l'équipe d'"Au nom du fils" - dont il aura été le seul récompensé.

Autre petite séquence "émotion" lorsqu'Emir Kusturica, recevant son Magritte d'honneur, a salué "une grande dame du cinéma", Eliane Dubois, décédée l'été dernier, et qui a distribué en Belgique tous les films du réalisateur. Un moment renforcé par l'attribution du Magritte de la meilleure image au fils d'Eliane Dubois, à Hichame Alaouie - son deuxième, après "L'Hiver dernier" l'année dernière. Le chef opérateur des "Chevaux de Dieu" a aussi salué la mémoire de son confrère Sébastien Keupel.

Mais la cérémonie fut donc très militante, avec nombres d'interventions sur le nouveau statut des artistes. Philippe Geluck, venu remettre le Magritte du meilleur scénario, qui a demandé aux "éminentes personnalités politiques présentes dans la salle de défendre la culture et les artistes AUSSI après les élections". Le comédien Thomas Coumans, avant de remettre le Magritte du meilleur documentaire, aussi a appelé à la levée du flou entourant le "nouveau" statut d'artiste - interpellant également et directement les politiques assis (en bonne place) au premier rang.

Dans un autre registre, Lio, invité surprise, y a été d'une petite claque : "le meilleur second rôle est un peu une métaphore de notre monde capitaliste où un pour cent de nantis bouffent sur le dos des pauvres. Au cinéma un pour cent raflent la mise pour nonante pour cent d'obscurs." Enfin, et inévitablement, Fabrizio Rongione y a été de sa séquence sur le tax shelter - autour duquel s'étripent producteurs et intermédiaires leveurs de fonds - prêchant sans doute des convertis dans la salle et ne s'étant pas fait des amis en dehors de celle-ci.


Meilleur espoir féminin : Pauline Burlet ("Le Passé" d'Asghar Farhadi)
Meilleur espoir masculin : Achille Ridolfi ("Au nom du fils" de Vincent Lannoo)
Meilleur scénario : Philippe Blasband et Anne Paulicevitch pour "Tango Libre"
Meilleurs décors : Véronique Sacrez pour "Tango Libre"
Meilleurs costumes : Catherine Marchand pour Vijay and I
Meilleurs réalisateurs : Vincent Patar et Stéphane Aubier pour Ernest et Célestine
Meilleur second rôle féminin : Catherine Salée ("La vie d'Adèle" d'ABdellatif Kechiche)
Meilleur court métrage : Welkom de Pablo Munoz Gomez
Meilleur documentaire : La nuit qu'on suppose de Benjamin d'Aoust
Meilleur second rôle masculin : Laurent Capelluto pour "Le temps de l'aventure"
Meilleure image : Hichame Alaouie pour Les Chevaux de Dieu
Meilleur montage : Marie-Hélène Dozo pour Kinshasa Kids
Meilleur son : E. de Boissieu, F. Demolder, F. Piscopo, L. THomas pour Ernest et Célestine
Meilleure musique : Ozark Henry pour Le monde nous appartient
Magritte du premier film : Une chanson pour ma mère de Joël Franka
Meilleur film étranger en coproduction : La vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche
Meilleur film flamand en coproduction : Kid de Fien Troch
Meilleur acteur : Benoît Poelvoorde pour Une place sur la terre
Meilleure actrice : Pauline Etienne pour La Religieuse
Meilleur film : Ernest et Célestine de Vincent Patar, Stéphane Aubier et Benjamin Renner

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