Cinéma Bouli se réinvente dans le 3e film de David Lambert d’après Tom Lannoye.

Voilà un panégyrique dont on se souviendra. Devant le cercueil de son ami Jan, renversé par un camion, Martin (Bouli Lanners) parle plak-et-zak. Jan était jaloux, Jan était dépensier, Jan avait des goûts musicaux de chiotte - et de le prouver sur le champ - : bref Jan avait plus de défauts que de qualités mais il l’aimait, il était toute sa vie. Et de retour seul dans leur maison, il ne se trouve pas une seule bonne raison pour la continuer. Surnaturellement, c’est Jan qui l’encourage à le faire.

Ce n’est pas pour lui remonter le moral qu’une relation de travail lui donne rendez-vous, mais pour lui proposer un étrange deal. Il accepte de se marier avec son amie congolaise qui obtiendra ainsi ses papiers et, en échange, il éponge ses dettes ce qui lui permettra de garder la maison dans laquelle Jan et lui ont tellement investi.

"Fais comme chez toi"...

Martin se laisse convaincre pour le regretter assez vite, Tamara, la fiancée, a un sacré tempérament. Quand on lui dit "Fais comme chez toi", elle prend l’expression au pied de la lettre et Martin ne se sent plus chez lui. Et plus, l’administration a des soupçons de mariage blanc. Avoir été un des premiers mariés gay de Bruxelles a éveillé des doutes a propos de ce remariage. Et voilà que la formalité de quelques semaines va durer des plombes.

"Je suis poly avec y et je peux l’être aussi avec i", explique-t-il au duo d’inspecteurs venus sonner à 5 heures du matin pour vérifier s’il forme bien un couple avec Tamara. Ces visites administratives matinales ont de quoi réveiller sa rage et son sens de l’humour. Elles le rapproche aussi de Tamara par la force de la pression. Au point de mettre la main au portefeuille pour la voir reprendre des études. Le fantôme de Jan, lui, s’éloigne.

Le scénariste n’est pas hollywoodien, c’est Paul Lannoye, le fameux écrivain flamand dont on n’a pas oublié "La Langue de ma mère". Rien ne va se dérouler comme prévu jusqu’au "happy end", si on peut le qualifier ainsi.

David Lambert brosse le portrait d’un homme amoureux, donne ici la mesure de la profondeur d’un sentiment. Il le fait à la façon de Tom Lannoye, sans hypocrisie, sans prêchi-prêcha et avec une dose d’humour. Tout cela rend le récit imprévisible alors que la ligne semble droite et cohérente.

Bouli Lanners se réinvente une nouvelle fois dans le rôle de Martin, un individu qui ne compose pas, sauf en présence des représentants de l’autorité. C’est un homme qui a du cœur, un cœur brisé même dont on se demande s’il est possible de le ressouder.

Réalisation, scénario : David Lambert d’après le roman de Tom Lannoye. Avec Bouli Lanners, Rachel Mwanza, Virginie Hocq, Jean-Benoît Ugeux… 1h38.

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