Cinéma Ivan Corbisier ne cache pas les difficultés financières que connaît le rendez-vous cinématographique bruxellois, qui s’ouvre ce vendredi à Flagey…

Il y a deux semaines, le Festival du film de Bruxelles faisait appel aux bonnes volontés pour réunir 4 000 € sur la plateforme de financement participatif Kiss Kiss Bank Bank afin de pouvoir organiser son Cinéconcert gratuit dans le cadre de la Fête de la musique. Un bon indice de la difficulté financière dans laquelle se trouve le festival, qui s’ouvre ce vendredi 17 juin avec l’avant-première de "Folles de joie" de Paolo Virzi avec Valeria Bruni Tedeschi (cf. ci-contre).

Le 2 juin dernier, lors de la conférence de presse de présentation, le directeur du festival Ivan Corbisier ne cachait pas ses inquiétudes : "Nous avons perdu 100 000 € de subsides en trois ans. On fait tout avec une équipe quasiment bénévole…" Et ce, qui plus est, dans un contexte difficile, celui d’une capitale post-attentat et en plein championnat d’Europe de football, qui risque de faire pas mal de dégâts aux salles obscures… Sans même parler d’une météo capricieuse qui, on l’espère, ne viendra pas trop perturber les séances en plein air gratuites qui, tous les soirs à 22 h 30, permettront de revoir quelques films belges récents : "Le Tout Nouveau Testament" de Jaco Van Dormael (18/6), "Parasol" de Valéry Rosier (19/6), "Les premiers, les derniers" de Bouli Lanners (20/6), "Les Cowboys" de Thomas Bidegain (21/6) ou encore "D’Ardennen" de Robin Pront (22/6).

Qu’à cela ne tienne. Malgré les difficultés, pas question de renoncer à faire la fête au cinéma européen (la thématique choisie depuis le déménagement à Flagey en 2002) ! Pour concocter leur sélection, les organisateurs du Festival de Bruxelles ont visionné 800 films venus de toute l’Europe et dans tous les genres. Les thèmes qui émergent ? Sans surprise, les crises sociale et économique, la crise des migrants… "Mais souvent vus sous le prisme de la comédie, avec plus de légèreté", se réjouit Corbisier.

En Compétition, 12 films se disputeront l’Iris d’or (meilleur film) et l’Iris d’argent (meilleur premier film). Ceux-ci seront départagés par un jury composé, entre autres, du réalisateur italien Emmanuele Crialese, de la comédienne flamande Natali Broods et de l’actrice franco-hollandaise Maruschka Detmers. Le budget serré du festival se ressent évidemment dans la programmation. Peu de grands noms sont en lice. On y trouve cependant quelques longs métrages prometteurs, comme "Couple in a Hole" du Flamand Tom Geens, "El Olivio" de l’Espagnole Iciar Bollain, "The Student" du Russe Kirill Serebrennikov, "Blind Sun" de la Libanaise Joyce A. Nashawati. Sans oublier "Toni Erdmann" (photo d'article), la plus belle prise du festival. Le film de l’Allemande Maren Ade avait en effet enflammé le dernier Festival de Cannes, avant, de façon incompréhensible, d’en revenir bredouille…

Les sections annexes "Panorama" permettront, elles, de découvrir 15 films plus exigeants ou plus expérimentaux. Avec par exemple le complètement barré "The Lure" de la Polonaise Agnieszka Smoczynska, "The Correspondence" de l’Italien Giuseppe Tornatore (avec Jeremy Irons et Olga Kurylenko), "Our Everyday Life" de la Bosniaque Ines Tanovic ou le radical "Heimatland", qui imagine la disparition de la Suisse et le retour au chaos dans la confédération.

Le Festival de Bruxelles sera également l’occasion de découvrir dix avant-premières : "A Man Called Ove" du Suédois Hannes Holm, "L’Outsider" de Christophe Barratier avec François-Xavier Demaison (sur l’affaire Kerviel), "Strike a Pose" d’Ester Gould et Reijer Zwaan (documentaire sur les anciens danseurs gay de Madonna) ou encore "La Vie aquatique", le dernier film de Solveig Anspach (disparue l’année dernière), qui clôturera les festivités le vendredi 24 juin.

Enfin, le Festival reçoit cette année comme invité d’honneur l’une des figures du Nouveau Cinéma allemand, Volker Schlöndorff, qui donnera une leçon de cinéma à Flagey et auquel la Cinematek consacre une belle rétrospective (cf. ci-contre). Autre invité de marque, Guy Bedos (*), avec qui le festival inaugure un nouveau rendez-vous qu’il espère bien réitérer l’année prochaine (avec Jane Birkin ?). Soit une soirée festive, le samedi 18 juin au Théâtre 140, entre extraits de films, invités sur scène (Alex Vizorek, Fabrizio Rongione, Michel Boujenah et même Jean-Paul Belmondo !), dont certains joueront l’un ou l’autre sketches de Bedos. L’initiative semble plaire. "La fête à Bedos" est en effet déjà sold out depuis des semaines… Preuve que le public bruxellois n’est pas prêt à renoncer à cette belle fête du cinéma européen.


Les temps forts

Vendredi 17/6 à 20 h : gala d’ouverture avec "Folles de joie" de Paolo Virzi, en présence de Valeria Bruni-Tedeschi.

Samedi 18/6 à 16 h : leçon de cinéma de Volker Schlöndorff.

Samedi 18/6 à 20 h 30 (au Théâtre 140) : la Fête à Guy Bedos (sold out).

Dimanche 19/6 à 19 h : Soirée polonaise (2 films) : "Life Must Go On" et "The Lure".

Lundi 20/6 à 19 h : soirée italienne (2 films) : "The Correspondence" et "The Call Me Jeeg Robot".

Mardi 21/6 à 20 h : soirée Ciné-concert gratuite dans le cadre de la Fête la musique.

Mercredi 22/6 à 19 h et jeudi 23/6 à 17 h : "Toni Erdmann" de Maren Ade.

Jeudi 23/6 à 20 h et 22 h : "Short but Good" : compétition des courts métrages belges.

Vendredi 24/6 à 20 h : gala de clôture : "L’Effet aquatique" de Solveig Anspach.

Vendredi 24/6 à 22 h : projection du gagnant de l’Iris d’or (meilleur film de la Compétition).

Du 17 au 24/6 à 22 h 30 : séances en plein air de films belges récents sur la place Ste-Croix.


Le festival en pratique

Dates: du 17 au 24 juin.

Lieux : à Flagey mais aussi à la Cinematek et au Théâtre 140.

Tarifs : 7,50 € la séance (6,50 € tarifs réduits). Soirées ouverture, de clôture et "European Focus" (2 films) : 10 €. Pass 5 films : 25 €. Séances en plein air : gratuit.

Cartes de soutiens : "Mr Nobody" 10 films : 50 €. "Pierrot le fou" toutes les séances : 120 €. "007" accès VIP à tout : 250 €.

Rens. : www.brff.be, www.flagey.be ou 02.762.08.98.