Cinéma Yoann Blanc prend deux semaines pour réfléchir à sa vie…

Quand Christine, la petite soixantaine, ne donne plus signe de vie, toute sa famille semble résignée à sa disparition. Son mari comme ses enfants ne se montrent guère inquiets, pas très concernés. Sauf Mathieu, son beau-fils. Biologiste marin de moins en moins dans son élément derrière les microscopes de son labo bruxellois, le jeune homme se rend compte qu’il n’est pas heureux. Lui aussi rêve de fuguer vers la mer, où il a toujours voulu habiter. Après quelques menues recherches, prétextant un voyage urgent pour le boulot, Mathieu retrouve sa belle-mère dans une belle maison de vacances sur l’île d’Oléron. Ensemble, ils vont passer quelques jours loin de leur train-train quotidien…

Diplômée de l’IAD, Géraldine Doignon a rapidement été repérée par ses courts métrages (dont "Trop jeune" ou "Le syndrome du cornichon"). Avec "Un homme à la mer", elle continue d’explorer les questions existentielles qui la travaillent. Après le deuil dans "De leur vivant" en 2012, c’est de la question des choix que l’on fait ou non dans sa vie dont il est question dans ce second long. Dans lequel elle retrouve Yoann Blanc.

Le visage assez impassible, l’acteur suisse - qui vient de cartonner dans la série de la RTBF "La trêve" - incarne de façon juste le trouble d’un homme à la croisée des chemins. Ses motivations pour rejoindre cette belle-mère qu’il connaît à peine restent ainsi assez mystérieuses. Ce qui rend d’autant plus intéressant le personnage. Face à lui, la comédienne de théâtre expérimentée Jo Deseure, très rare à l’écran, trouve enfin un premier rôle au cinéma. Volontairement bancal, le duo fonctionne sur le décalage de jeu entre les deux comédiens, sur cette rencontre improbable entre deux générations, entre deux tempéraments.

Avec beaucoup de délicatesse, Géraldine Doignon filme deux êtres en fuite. Ils flirtent sans nul doute. Plus profondément, ils s’octroient une parenthèse enchantée de quelques jours loin de leur vie, loin de leurs proches pour ne penser qu’à eux, pour réfléchir au bonheur tout simplement. Et si cela consistait simplement à se promener sur une plage, à boire un verre ou deux ou à s’amuser comme des gosses en autos-tamponneuses ?

Le thème abordé par "Un homme à la mer" est loin d’être neuf. Pourtant, grâce à la finesse de la mise en scène, le film entre parfaitement en écho avec un fantasme de plus en plus répandu, que l’on ait 30 ou 50 ans : larguer les amarres, donner un nouveau cap à sa vie. La métaphore marine que tisse Doignon tout le long du film est à ce titre particulièrement bien choisie. De l’observation en laboratoire de la vie marine au hissage de la grand-voile en pleine mer, c’est en effet tout le parcours de cet "Homme à la mer"…


© IPM
 Scénario & réalisation : Géraldine Doignon. Photographie : Colin Lévêque. Musique : Philmarie. Montage : Julie Naas. Avec Yoann Blanc, Jo Deseure, Bérengère Bodin, Joséphine Stoll… 1h30