Cinéma David Robert Mitchell réalise avec maestria un film Noir contemporain mixant enquête complotiste et ténébreux portrait de L.A. 

"On se voit demain ?

- Oui."

Sam est sous le charme d’une blonde avec un grand chapeau et un petit chien. Ça fait un moment qu’il la matte dans son bikini blanc, depuis son appartement avec vue sur la piscine. Et voilà, il vient enfin de l’aborder, de passer la soirée chez elle en regardant "Comment épouser un millionnaire ?". Lorsque le lendemain, comme prévu, il frappe à sa porte, l’appartement est vide, Sarah volatilisée. Et ses meubles aussi, en pleine nuit.

Il ferait mieux de chercher du boulot pour payer son loyer, car, dans 5 jours, il sera expulsé. Mais c’est plus fort que lui, il se lance à sa recherche. Il semblerait même que Sam vient de trouver un sens à son existence après 33 ans de glande.

Andrew Garfield ne ressemble en rien à James Stewart, et pourtant - est-ce la musique ? -, il y a du "Fenêtre sur cour" et du "Vertigo" dans l’air. On est définitivement dans un thriller Noir mais tourné au XXIe siècle, avec un privé en T-shirt

Sam mène l’enquête en suivant des biscuits pour chien en forme d’os. Il est fortiche pour repérer les indices. Le spectateur ne voit pas trop ce qu’on peut en faire mais Sam, lui, finit toujours par trouver, car il est entraîné à traquer les messages subliminaux. Il regarde minutieusement les feuilletons et fait tourner les vinyles à l’envers, à la recherche de messages secrets. On n’est plus au temps du fameux "Revolution 9" des Beatles mais à l’ère, bien pire, du complot. Cette fois, Sam tient une piste au dos d’une boîte de corn-flakes.

En attendant de savoir s’il retrouvera Sarah et s’il existe quelque chose sous le Silver Lake; Sam nous emmène dans le Los Angeles parano, celui des concerts "exclusifs" dans des endroits improbables, des projections de films dans des cimetières, des soirées mondaines où chacun vient de se rhabiller à la Fashion Week, dans les réseaux de prostitution tirant profit de l’industrie audiovisuelle locale.

Au passage, David Robert Mitchell tapisse le film avec les affiches de sa filmothèque idéale, pique la curiosié avec Janet Gaynor - l’héroïne de "L’Aurore" de Murnau, de "Lucky star" de Franck Borzage -, voire s’amuse à reconstituer la dernière scène de Marilyn Monroe, celle de la piscine dans "Something’s Got to Give".

Après un teen-movie ("The Myth of the American Sleepover") et un film d’horreur ("It Follows"), David Robert Mitchell réalise cette fois un film Noir et paranoïaque tant il est devenu impossible d’échapper à la technologie du flicage. Il conduit le suspense à travers un Los Angeles trouble et fantasmé empruntant tantôt à Hitchcock, tantôt à Lynch. Il mène simultanément une enquête interne, sur lui-même, les films qui l’ont construit, la pop culture qui l’empreigne, l’adolescence qui lui colle à la peau.

"Under the Silver Lake" est sans doute un peu trop encombré d’hommages, mais c’est la visite saisissante d’un L.A. référentiel. Un film tout à la fois inquiétant, ludique, complice, fantasmé et dans l’air du temps complotiste.

Ex-Spiderman, ce héros de la pop culture, Andrew Garfield est épatant en adolescent de 33 ans, incapable d’avancer dans la vie, tant il est englué dans la nostalgie.


© IPM
Scénario&réalisation : David Robert Mitchell. Photographie : Mike Gioulakis. Musique : Rich Vreeland. Montage : Julio Perez. Avec Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace… 2 h 19.