Universal : 100 ans de pellicule

Fernand Denis Publié le - Mis à jour le

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8 août 1912, Carl Laemmle fonde la Universal Manufactoring Corporation. 100 ans plus tard, Universal, dont le logo est en orbite autour d’un globe terrestre, compte, parmi les majors, ces grands studios hollywoodiens. En 1906, ce comptable qui avait quitté l’Allemagne à 17 ans pour s’installer à New York, décide de mettre toutes ses économies dans le cinéma. Il crée plusieurs sociétés actives dans la diffusion, les fameux nickelodeon’s, et puis dans la production dont la Universal Manufactoring Company, avec laquelle il va s’imposer parmi les grands pionniers d’Hollywood aux côtés de Darryl Zanuck à la Fox, Harry Cohn à la Columbia, Louis B. Mayer à la MGM, et les frères Warner.

Les véritables studios ne verront le jour qu’en 1915 dans la San Fernando Valley. Universal City est alors un vaste complexe d’une centaine d’hectares, composé de plateaux équipés du matériel dernier cri. Le site suscite l’admiration et frappe l’imagination; à l’évidence, le cinéma est désormais une industrie. Dirigeant sa société depuis New York, c’est son très jeune bras droit, Irving Thalberg, qui est aux commandes et donnera leur chance à John Ford, Erich von Stroheim, Tod Browning, Allan Dwan. Par ailleurs, Laemmle va développer une idée qui fait partie de l’ADN de la société. Il fait installer des gradins payants sur les plateaux à l’intention des spectateurs désireux d’assister à un tournage, une sacrée attraction. Le concept débouchera, en 64, sur Universal Studios, le parc d’attraction dévolu au cinéma à Los Angeles, qui a déjà vu passer plus de 100 millions de visiteurs.

A l’arrivée du parlant, Laemmle senior passe les commandes à Laemmle junior. Et en 1930, "A l’Ouest rien de nouveau", imposante fresque pacifiste de Lewis Milestone, est le premier oscar du Meilleur film décroché par Universal. A cette époque, chaque studio a sa spécialité, défend une ligne éditoriale. Les comédies musicales et les productions de prestige sont l’affaire de la MGM, Paramount est reconnue pour ses comédies sophistiquées, la Fox est le chantre de l’histoire nationale, de l’americana. Quant à Universal, il est réputé pour ses productions fantastiques.

C’est le studio de Frankenstein, de Dracula, de "La Momie" et de "L’homme invisible". James Whale est le réalisateur le plus prestigieux de la maison qui n’en compte guère, car on produit surtout des séries B. Durant les années 40, c’est un duo comique passablement oublié, Abbott et Costello, qui assure les recettes en divertissant l’Amérique, 28 films en 16 ans. Les productions mémorables sont rares, deux Hitchcock, "Saboteur" et "Shadow of a doubt", ainsi que quelques films noirs réalisés par Siodmak ("Les tueurs") et Dassin ("La cité sans voile"). Le héros maison le plus populaire s’appelle Woody Woodpecker.

En revanche, la décennie suivante sera mémorable, car Universal va produire bon nombre de classiques dans des genres variés. Douglas Sirk va y tourner ses mélodrames flamboyants dont les deux chefs-d’œuvre absolus que sont "Written on the wind" et "Le secret magnifique" (remake d’un film de John Stahl produit par Universal dans les années 30). Par ailleurs, Universal redevient le studio du western comme au temps du muet avec Raoul Walsh, Budd Boetticher, King Vidor ("Man without a star") et, surtout, Anthony Mann dirigeant James Stewart dans "Winchester 73" et "The Far country". Universal va aussi lancer de savoureuses comédies avec Doris Day et Rock Hudson ("Confidences sur l’oreiller). Et si Orson Welles ne laisse pas de bons souvenirs de son passage, le plan-séquence inaugural de "Touch of Evil" est légendaire. Quant à Hitchcock, il met en scène ses chefs-d’œuvre à la Paramount, mais c’est sous la bannière Universal qu’il réalise sa série télé-culte : "Alfred Hitchcock presents".

Après les golden fifties, vient l’heure des restrictions des sixties, mais Kubrick a le temps de tourner "Spartacus", Hitchcock, "Les oiseaux", Donen, "Charade" et "Arabesque", et "To Kill a Mockingbird", de Mulligan, vaut à Gregory Peck son oscar du Meilleur acteur en 1963.

Début des années 70, le studio lance la mode du film catastrophe avec "Airport", alors que la paire Newman-Redford décroche l’oscar du Meilleur film pour "L’arnaque" ("The Sting").

C’est alors qu’arrive celui qui va nourrir la légende du studio, un élève en section cinéma du collège de Long Beach. Recalé à l’université de Californie, le jeune homme a une combine pour se faire passer pour un employé des studios Universal. Il passe ses journées sur les plateaux et dans les salles de montage. A 22 ans, on lui confie la réalisation du pilote d’une série télé avec Joan Crawford. Vexée d’être dirigée par un gamin, la vieille gloire refuse de se laisser photographier avec un inconnu. Aujourd’hui, on dirait : "Mais qui est cette inconnue à côté de Spielberg ?" Le wonder boy va apporter au vénérable studio ses blockbusters: "Jaws", "Jurassic Park" et du prestige avec "ET" et "La liste de Schindler". C’est une période faste, car Michael Cimino y tourne "Voyage au bout de l’enfer", et Sydney Pollack, "Out of Africa", des modèles de films hollywoodiens.

Depuis les années 80, le studio produit une quinzaine de films par an. S’il fut l’initiateur du film catastrophe, il risqua le naufrage, en 1995, avec le "Waterworld", de Kevin Costner. Heureusement, quelques franchises lui permettront de traverser les tempêtes, comme "Retour vers le futur", " Beethoven", " American Pie", "Fast and the Furious" ou encore "La Momie", celle qui faisait déjà tourner le studio au temps du muet.

A la charnière du nouveau millénaire, le patron mégalomane français, Jean-Marie Messier, prend le contrôle du studio et place Pierre Lescure à la direction. Il ne faudra pas bien longtemps pour passer du Capitole à la roche hollywoodienne. Ces histoires, son histoire, Universal la raconte tout au long de son année anniversaire dans les bonus des éditions collectors de ses trésors.

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