Cinéma Erik Poppe signe un film choc sur la tuerie de l’île d’Utøya en 2011.

Lors de sa présentation en Compétition à la Berlinale il y a presque un an, Utøya, 22 juillet a profondément divisé, accueilli à la fois sous un tonnerre d’applaudissements et sous les sifflets des journalistes. Impossible en effet de rester indifférent au film d’Erik Poppe.

Découvert avec Hawaï, Oslo en 2004, le cinéaste norvégien revient ici sur la tuerie de l’île d’Utoya du 22 juillet 2011, lors de laquelle le militant d’extrême droite Anders Behring Breyvik tua 69 personnes sur une petite île où était organisé le camp d’été du mouvement de jeunesse du Parti travailliste norvégien. Et ce après avoir fait exploser une puissante bombe à l’extérieur des bâtiments du gouvernement à Oslo, avec 8 autres victimes à la clé.

Cette histoire, qui a causé un choc profond dans la société norvégienne, Paul Greengrass en a, lui aussi, tiré un film : Un 22 juillet, diffusé en salles et sur Netflix il y a quelques semaines. Le point de vue est ici totalement différent. Au classicisme du cinéaste britannique, Erik Poppe, ancien reporter de guerre, a préféré une approche beaucoup plus radicale.


Ce massacre organisé par un seul homme a duré au total 72 minutes, le temps d’un film. Un véritable film d’horreur pour les victimes de Breyvik et pour les spectateurs d’Utøya, 22 juillet, formellement très impressionnant. Collant aux basques de la jeune Kaya, le cinéaste norvégien a choisi de nous faire vivre cet enfer de l’intérieur, en caméra quasi-subjective et en direct. Son film, Poppe l’a en effet conçu comme un unique plan-séquence. Une performance en termes de préparation mais aussi pour la jeune actrice Andrea Berntzen, en permanence à l’écran et exceptionnelle de vérité.

L’effet de ce film coup de poing sur le spectateur est ravageur. Impossible en effet de souffler une minute. Car si l’on ne fait qu’entrapercevoir furtivement - tout se jouant hors champs, à travers les bruits de cris, de détonations ou des personnages entrant dans le cadre en courant -, sa présence glaçante est toujours palpable. La sensation est totalement oppressante et empêche de fermer les yeux face à cette terreur aveugle.

Pas besoin, d’ailleurs, d’analyser les motivations de Breyvik (dont le nom n’est jamais cité, même pas au générique de fin). Seul compte de faire revivre le cauchemar qu’ont vécu ces enfants et ces adolescents pris au piège de l’absurdité et de la haine d’un terroriste d’extrême droite. Même si ce film d’action intense peut créer le malaise chez certains, parce que, justement, il place le spectateur en position de voyeur et qu’il fait du grand cinéma à partir de l’horreur…

Réalisation : Erik Poppe. Scénario : Anna Bache-Wiig&Siv Rajendram Eliassen. Photographie : Martin Otterbeck. Musique : Wolfgang Plagge. Montage : Einar Egeland. Avec Andrea Berntzen, Aleksander Holmen, Elli Rhiannon Müller Osbourne… 1 h 33.

On lira un entretien avec Erik Poppe en pages Culture de "La Libre" du jour.

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