Cinéma Luc Besson s’offre un space opéra humaniste, d’après la BD culte des années 70.

Agents fédéraux officiant pour le compte de la Fédération humaine, Valérian et Laureline sont chargés, en 2740, d’une mission top secrète : récupérer au Grand Bazar galactique un objet volé de grande valeur : un convertisseur Mül. Soit un charmant petit animal capable de répliquer à l’envi tout ce qu’il est capable d’ingurgiter. Sûrs d’eux, nos deux jeunes flics accomplissent leur mission en sandales et chemises hawaïennes, avant de rejoindre Alpha, la ville aux milles planètes, née des premiers efforts d’une station spatiale internationale, qui n’a cessé de grandir à mesure que venaient s’y arrimer d’autres cultures, puis d’autres civilisations. Comme on le découvre dans la formidable scène d’intro, sur fond de" Space Oddity" de Bowie… Là, l’aventure ne fait que commencer pour nos jeunes deux héros, qui comprennent seulement dans quoi ils viennent de mettre les pieds…

A presque 60 ans, Luc Besson s’offre un nouveau space opera, 20 ans après "Le 5e élément" (très proche d’ailleurs dans les thèmes abordés). Entièrement tournée dans ses studios de la plaine Saint-Denis à Paris, sa superproduction fait s’envoler les compteurs du cinéma français, avec pas moins de 197 millions d’euros de budget (détrônant ainsi de très loin le précédent record, établi à 74 millions par "Astérix aux Jeux olympiques"). Autant dire que Besson devra faire au moins aussi bien à l’international que son précédent "Lucy" (qui avait cartonné aux Etats-Unis) pour rentrer dans ses frais…

Cela semble compromis si l’on s’en tient à la presse américaine, qui a éreinté le film lors de sa sortie de l’autre côté de l’Atlantique il y a quelques semaines. Une presse assez injuste avec le film de Besson. Au-delà du fait qu’Hollywood n’aime guère qu’un Frenchy vienne jouer sur ses terres du blockbuster, la question est peut-être aussi culturelle. C’est que "Valérian" n’est pas "Star Wars"…

Grand fan de BD, Besson adapte ici une œuvre culte du 9e Art, "Valérian et Laureline" de Christin et Mézières, publiée à partir de 1967 dans "Pilote", puis en albums chez Dargaud dès 1970. Une œuvre de science-fiction fondatrice fortement marquée par son époque, plutôt psychédélique et peace and love, en tout cas pas encore gagnée par le cynisme. Luc Besson assume totalement ces origines, restant fidèle à l’esprit naïf et optimiste de cette fable humaniste.

Très librement inspiré de la BD, le scénario retient surtout les deux personnages principaux, placés sur un pied d’égalité. Avec peut-être même un petit avantage pour Laureline, campée par la pétillante Cara Delevingne. Vue dans "Blueberry" ou "Suicide Squad", la mannequin et actrice britannique est, il faut dire, un peu plus charismatique que Dane DeHaan. Surtout connu pour son incarnation de James Dean dans "Life" d’Anton Corbjin, le jeune acteur américain surjoue un peu les héros à la cool façon Han Solo.

La réussite de "Valérian", c’est de rester fidèle à la BD tout en la faisant plonger dans le XXIe siècle, grâce à une mise en scène virtuose et une débauche d’effets spéciaux, qui payent leur tribu à "Avatar". Besson en reprend notamment les couleurs fluo (qui fonctionnent à merveille en 3D). Mais son esthétique est nettement moins hors sol que celle de Camero, citant d’autres grands classiques de la S-F. A commencer par "Blade Runner", dans cette façon de décrire un univers multiculturel fourmillant (avec notamment une grande scène de bordel avec Ethan Hawke et Rihanna). Besson s’offre même quelques moments de bravoure cinématographique, en jouant par exemple avec une même action se déroulant dans deux dimensions différentes.

A l’écran, le résultat est assez bluffant, permettant à Besson d’atteindre, lui aussi, une autre dimension dans son cinéma.


© IPM
Scénario & réalisation : Luc Besson. Photographie : Thierry Arbogast. Musique : Alexandre Desplat. Montage : Julien Rey. Avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Rihanna, Ethan Hawke… 2h16.