Cinéma Une réflexion envoûtante sur le temps et l’origine de la vie par l’auteur de "The Three of Life".

Après les très décevants "A la merveille" et "Knight of Cups", on n’attendait plus grand-chose de Terrence Malick. Sur le papier, on craignait même de voir la légende vivante du cinéma hollywoodien, adepte des grandes envolées mystiques aussi lyriques que creuses, s’attaquer au récit des origines de l’univers et de la vie. Il surprend pourtant agréablement avec "Voyage of Time". Réalisé en 2016 (avant son dernier film "Song to Song" donc), cet essai visuellement époustouflant se présente comme une version étirée et plus contemplative encore de la séquence métaphysique inscrite au sein de "The Tree of Lie", qui avait offert la Palme d’or à Malick en 2011.

Produit par National Geographic et Imax, ce documentaire articulé en trois parties (passé-présent-futur) n’en est pas vraiment un. Fidèle à son style grandiloquent, Malick signe un poème visuel, une symphonie de la vie portée par des images tournées aux quatre coins de la planète et de l’univers. Passant sans cesse du macroscopique au microscopique, des galaxies et autres nébuleuses aux plus petites cellules de vie, "Voyage of Time" est d’une beauté quasi hypnotique. Malick remonte jusqu’au Big Bang, et même avant, pour revenir jusqu’à nous, pauvres humains, créatures d’un tout qui nous dépasse…


Tourné sur les plages de Big Sur et dans les forêts de séquoias géants de Californie, dans les plaines volcaniques de Yellowstone ou d’Islande, "Voyage of Time" propose une vision sublimée de la Nature, à travers une série d’images d’une beauté à couper le souffle. Dans cette incantation à la Nature, Malick fait également appel à des images spatiales ou scientifiques, ainsi qu’à des scènes récréant la vie de nos ancêtres préhistoriques. Tout en entrecoupant son poème d’images brutes, saturées, dépeignant la vie des hommes en Afrique, en Inde ou en France. Comme autant de petites fourmis insignifiantes se débattant sur la Terre.

Malheureusement, Malick ne nous épargne pas ses classiques réflexions métaphysiques, dans la traditionnelle voix off, assurée par la voix délicate et mélodieuse de Cate Blanchett. Laquelle s’adresse avec emphase à la "Mère" créatrice, à ce dieu désormais omniprésent dans l’œuvre du plus mystérieux des cinéastes américains. Et là où il n’était autrefois évoqué que de façon allusive par la puissance visuelle de son cinéma, cette présence est désormais lourdement explicitée.

Heureusement, contraint par la forme documentaire, Malick use cette fois moins de l’artifice de la voix off, permettant à ce "Voyage of Time" de conserver une forme de légèreté et d’émerveillement face au miracle de la vie et de la création…

Scénario & réalisation : Terrence Malick. Photographie : Paul Atkins. Montage : Keith Fraase. Avec la voix de Cate Blanchett. 1 h 30.

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