Cinéma Cette adaptation en images réelles partage la même magie que "Paddington".

Jean-Christophe (Christopher Robin dans la version originale) fut un petit garçon qui comme tant d’autres dut un jour dire au revoir à ses amis d’enfance : Winnie l’ourson, Tigrou, Porcinet, Bourriquet et compagnie. Les aléas de la vie, la fureur du monde et d’une guerre, en firent un adulte responsable.

Devenu mari, père et responsable du "service de l’efficacité" de l’entreprise Winslow, Jean-Christophe a oublié la Forêt des Rêves Bleus et ses êtres de peluches. Mais Winnie, lui, n’a jamais oublié Jean-Christophe. Quand un matin un fort brouillard tombe sur la forêt et qu’il ne trouve plus ses amis, Winnie franchit le passage vers le monde des hommes, afin de chercher l’aide de Jean-Christophe.

Dès les premières images, la magie de cette adaptation opère. Les dessins évoquant les livres originaux de A. A. Milne et E. H. Shepard s’animent, avant de céder la place à des décors et personnages réels. Les peluches de Winnie, Tigrou et Porcinet prennent vie. Elles sont un peu ternies par la poussière et usées comme des jouets de peluche avec lesquels un gamin aurait joué depuis le berceau. Mais elles s’expriment et bougent avec vivacité et souplesse.


Au regard de ces derniers films, on n’attendait pas le réalisateur de très musclés "World War Z" et "Quantum of Solace" dans ce délicieux univers. C’est oublier que l’Allemand Marc Foster a déjà effleuré l’autre côté du miroir dans "Finding Neverland", consacré à J.M. Barrie, le créateur de "Peter Pan". Coïncidence : Steven Spielberg avait lui-même conté dans "Hook" comment un adulte qui avait perdu son âme d’enfant revenait au pays de Peter Pan.

Allemand, donc, Foster n’en signe pas moins un film qui a tous les attraits de l’English fantasy : nature chatoyante mais aussi, parfois, inquiétante, campagne cossue, trains à vapeur, rues grouillantes et humides du Londres d’antan, home sweet home, ronds de cuir élitistes,… Et des animaux-peluches qui ne paient pas de mine mais qui s’expriment avec élégance. On retrouve tout ce qui fait le charme de "Harry Potter", "Wallace et Gromit" ou "Paddington".

Les adaptations cinématographiques récentes de ce dernier viennent immanquablement à l’esprit et ont clairement guidé ce projet-ci. On retrouve, comme dans le premier opus de "Paddington", un père si absorbé par son métier qu’il en a oublié toute fantaisie et, surtout, l’essentiel : sa famille et ses rêves.

Comme dans "Paddington", aussi, le summum de la technique numérique se met au service de l’évocation d’un monde merveilleux et intemporel. Winnie et ses amis semblent on ne peut plus réels et leur interaction avec les comédiens de chair et de sang défie l’imagination.

"Jean-Christophe et Winnie" n’en a pas moins sa propre atmosphère. L’interprétation d’Ewan McGregor n’y est pas étrangère. L’acteur parvient, dans son langage corporel, à suggérer la raideur lasse d’un fonctionnaire zélé avant de retrouver l’émotion puis l’excitation enfantine. Comme Christopher/Jean-Christophe, on sort de ce film plein de miel mais jamais mielleux avec une envie : refranchir aussitôt le passage vers l’écrin de la Forêt des Rêves Bleues pour un charmant goûter avec Winnie et ses compagnons de jeu.

Réalisation : Marc Foster. Avec Ewan McGregor, Hayley Atwell,… 1h44.

© IPM