Cinéma Ce thriller dépaysant et très original a obtenu le Prix Lux 2018 décerné par le Parlement européen.

On n’est pas prêt d’oublier la première séquence.

Une femme, avec un arc, tire au-dessus des lignes à haute tension, une flèche à laquelle est accroché un fil. Il va lui permettre, ensuite, de tirer un câble, de provoquer un spectaculaire court-circuit, de mettre à l’arrêt une usine de production d’aluminium.

Alors qu’un hélicoptère surgit à l’horizon, que la police quadrille la région, la femme se fond dans ce paysage spectaculaire à la façon de Rambo. Elle n’a pas fini de surprendre car la voici qui déboule, un peu essoufflée, face à la chorale qu’elle va diriger.

Qui pourrait bien imaginer que cette énergique cheffe de chœur est une dangereuse activiste écolo dont les coups d’éclat mobilisent toutes les énergies d’une police islandaise ? Une police complètement dépassée, le gouvernement de Reykjavík a d’ailleurs sollicité l’aide internationale et les satellites de la CIA depuis qu’un cinquième attentat menace un contrat très polluant passé avec les Chinois.


Toutefois, cette cinquième manche pourrait bien être la dernière car l’étau se resserre autour de celle qu’on surnomme "la femme des montagnes". D’autant que, par ailleurs, le destin vient de lui faire une surprise énorme. Déposée, il y a quatre ans, sa demande d’adoption vient d’être acceptée. Une petite fille de quatre ans qui a perdu ses parents et sa grand-mère, l’attend dans un orphelinat en Ukraine.

Benedikt Erlingsson réussit avec Woman at War, tout à la fois un thriller d’action très dépaysant, autant par ses décors islandais que par la personnalité de sa super-héroïne, un conte écologique doublé d’une interrogation sur le changement - doit-il se faire d’abord à l’intérieur ou l’extérieur ? -, ainsi que d’une comédie teintée d’absurde.

En un mot, la percutante Halldora Geirhardsdottir conduit la quadrature du cercle dans des environnements sublimes où l’on croise régulièrement un pianiste, un batteur et un joueur de tuba qui interprètent sa petite musique intérieure. Ça vaut le coup d’oreille.

Le cinéma de Benedikt Erlingsson est à l’image de son pays, grandiose, sauvage, revigorant, riche en histoires décoiffantes et tempéraments déterminés.

A voir absolument et jusqu’au point final magistral.

Réalisation : Benedikt Erlingsson. Avec Halldora Geirhardsdottir, Jóhann Sigurðarson, Juan Camillo Roman Estrada… 1h 40.

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