Cinéma Le cinéma merveilleux de Todd Haynes télescope les années 20 et les années 70 à New York. Avec Julianne Moore, évidemment.

Ben a douze ans et depuis qu’il en a pris conscience, il harcèle sa mère célibataire pour connaître le nom de son père. Elle reporte toujours à plus tard jusqu’au jour où c’est trop tard, elle est tuée dans un accident de voiture.

Ben est alors recueilli par sa tante, mais il est plus que jamais dévoré par son impatience de connaître son papa. Dans un livre intitulé "Wonderstruck" - un très vieux catalogue d’une exposition sur les cabinets de curiosités au Musée d’histoires naturelles de New York -, il découvre, un jour, un marque-page d’une librairie new-yorkaise avec quelques mots d’amour adressés à sa mère par un certain Danny. Il ne lui en faut pas plus pour fuir son trou perdu du Minnesota et prendre la direction de Big Apple.

Si le sujet ne brille par son originalité, en revanche la mise en scène de Todd Haynes est séduisante. C’est que le récit écrit par Brian Selznick - l’auteur de Hugo Cabret mis en scène par Scorsese - se double d’une histoire parallèle se déroulant 50 ans plus tôt, en 1927.

C’est une gamine, cette fois, qui a fugué à New York, à la recherche de sa mère, toujours absente, car accaparée par sa vie de star de l’écran et de la scène.

Alors que les deux enfants cherchent leur chemin dans la ville, on assiste au télescopage d’atmosphères entre le New York noir et blanc mais chic de la fin des années 20 et le New York coloré et torride en pleine blaxploitation qui transpire dans les années 70. Outre leur quête parentale commune, les deux enfants partagent le même handicap, une surdité qui les isole dangereusement du monde.

Todd Haynes se livre ici à un exercice discrètement virtuose, celui d’un film quasi muet - sans guère de dialogues en tout cas - mais extraordinairement sonore.

On connaît le fabuleux talent du réalisateur de "Carol" pour reconstituer des époques avec l’aide de son exceptionnel directeur photo Ed Lachman. Son va-et-vient entre les années 20 et 70 est à la fois sublime et ingénieux sur le plan de la dramaturgie.

En effet, à la tension des trajectoires angoissantes de ces deux enfants, s’ajoute l’interrogation : comment ces deux destins séparés par un demi-siècle vont-ils bien pouvoir se croiser ? De même, Todd Haynes affiche un souci de réalisme tout en déployant le récit avec beaucoup de merveilleux. Que ce soit la cachette dans le musée ou l’extraordinaire maquette de la scène finale.

Todd Haynes, accompagné de sa fidèle Julianne Moore, offre deux heures de délicieux cinéma. Sans doute le film aurait-il gagné à avoir un montage parallèle un peu plus resserré et aussi un compositeur Carter Burwell plus inspiré. Mais comment ne pas être séduit pas cette idée du cabinet de curiosités où l’on se construit son monde ? Et comment oublier cette maquette finale, merveilleuse variation new-yorkaise à propos du héros de J.M. Barrie, Peter Pan.


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Réalisation : Todd Haynes. Scénario : Brian Selznick. Musique : Carter Burwell. Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore… 1h57