Cinéma Parmi les innovations mises en place pour sa 25 e édition, le Festival du Film Fantastique de Bruxelles a demandé cette année à un créateur bruxellois de 24 ans de concevoir une série de spots qui précéderont les quelque soixante séances programmées à Tour & Taxis.

Sacha Feiner a décliné en dix épisodes de quelque deux minutes chacun “World in Progress”, un univers délicieusement rétrofuturiste sciemment inspiré de “Brazil” ou de “1984”. Dans ce monde angoissant, Big Brother bug régulièrement au détriment d’une humanité aliénée, un avatar mécanique de Godzilla se coltine avec un robot justicier au milieu de gratte-ciel impersonnels et une grand-mère peut pratiquer le lifting express.

Diplômé en communication graphique de l’Ecole de La Cambre, Sacha Feiner est un autodidacte en cinéma d’animation. Le résultat, fruit de cinq mois de travail à raison de seize heures par jour, est réjouissant. “World in Progress” a été réalisé selon les règles de l’artisanat éclairé : les figurines sont faites main, tout comme les décors, tandis que le tournage, comme dans les bonnes légendes, a été réalisé dans le sous-sol de sa maison d’Ixelles.

Le résultat mêle animation image par image, tournage en continu et postproduction numérique pour un rendu final évoquant les vieux films de SF, façon “Sky Captain and The World of Tomorrow” – Sacha Feiner a poussé le sens du détail jusqu’à inclure sur la bande-son le ronronnement d’un projecteur.

On devine le fan et le cinéphile derrière chaque séquence : une figurine de Godzilla trône au-dessus de l’écran de son ordinateur, une gueule géante de Jaws engloutit les visiteurs de la cuisine, un poster du “Metropolis” de Fritz Lang décore un mur, parmi d’autres affiches de film Bis et Z... Pour autant, Sacha Feiner jure ne pas être un “consommateur de série au premier degré”. Il n’a effectivement aucun signe extérieur du geek allumé (à moins que, comme les Gremlins qu’il collectionne avec boulimie, il ne se transforme à minuit après un verre de lait). C’est plutôt un créateur velléitaire : “si je fais le calcul, j’ai gagné 52 cents de l’heure sur ce travail, alors qu’il a dû m’en coûter 5 euros de l’heure”. Ce n’est pas le premier coup d’éclat de Sacha Feiner au Festival du Fantastique : il a gagné trois années de suite le prix du meilleur costume au Bal des Vampires. Ses costumes d’Alien grandeur nature (avec mâchoire articulée), de Pinhead (de “Hellraiser”) ou de loup-garou (articulé aussi) ont effectivement de quoi impressionner. “Ça vient tout seul” répond-il quand on lui demande d’où lui vient ce savoir-faire qui trouverait à exceller dans l’industrie des effets spéciaux. S’il y a des producteurs dans la salle…