Cinéma

Depuis "Septième ciel", son visage de coeur tendre et gendre idéal est familier aux Belges. Et ces dernières semaines, Yannick Renier est partout, aux côtés de son Jérémie de (demi-) frère. C'est le réalisateur Joachim Lafosse qui les a réunis dans "Nue propriété", face à Isabelle Huppert (sortie nationale le 24 janvier). Dans ce drame familial, ils jouent deux frères, des jumeaux. Jérémie est Thierry, le fort en gueule, le plus virulent, Yannick est François, à la fois plus discret et plus ouvert. Les tempéraments leur correspondent - seul manque l'humour.

Le numéro de Jérémie

Si Yannick est l'aîné - de six ans - c'est Jérémie qui fut porté le premier à l'attention du public, grâce à "La Promesse" des frères Dardenne en 1996. Depuis, son parcours, avec passage par la case parisienne, s'est poursuivi entre grosses machines à la "Le Pacte des Loups" et retour aux sources dans "L'enfant".

Pour Yannick, cette notoriété du petit frère ne fut pas toujours simple à vivre. En septembre, au Festival de Venise, où le film était présenté en compétition, il nous confiait cette anecdote : "Un jour, juste après , un agent parisien téléphone à la maison. Ma mère me le passe : "Bonjour Yannick, je t'ai vu au théâtre. Tu étais formidable." Je me dis : "Super ! Je vais avoir un agent à Paris !" Mais il enchaîne : "Aurais-tu le numéro de Jérémie ? J'aimerais être son agent..."

Contrairement aux apparences, Yannick n'est pourtant pas le "suiveur". Mais c'est vrai que, ado, Jérémie court déjà les castings. Yannick s'inscrit en 1993 en art dramatique "sans y croire" - il se couvre avec un autre cursus, en philo, à l'ULB. Sorti premier prix du Conservatoire royal de Bruxelles en 1996, formé par Pierre Laroche, il est monté sur les planches dès 1995. D'abord l'un d'un stage dirigé par Frédéric Dussenne, où il rencontre Joachim Lafosse.

Les feux de la rampe, ce sera avec "Le procès d'Oscar Wilde" de Bernard Mouffe. Puis on le voit dans "Antonin et Mélodie" de Serge Kribus et dans deux adaptations de Garcia Lorca, "Sans Titre" et "Le Public". Il commence à jouer dans des courts métrages.

Maintenant encore, pour la promo de "Nue propriété", on l'associe à son frère : le film est vendu sur les "retrouvailles" de la fratrie. Par chance, nous parvenons à passer une demi-heure en tête à tête avec Yannick. "Il m'a fallu tout un temps pour faire bonne figure. Quand tu as quelqu'un de si proche qui est reconnu, ce n'est pas toujours simple. Surtout que pendant toute une période, je le voyais très peu. Depuis qu'il est revenu vivre à Bruxelles, cela a permis de chasser les fantômes."

Inverser les rôles

Sur le tournage de "Nue propriété", Jérémie lui-même soulignait : "On ne s'était plus beaucoup vu depuis huit ans, pendant que je vivais à Paris. Pour préparer le tournage, on a passé beaucoup de temps ensemble, pour retrouver la fibre fraternelle. On a fait les cons. Notre père m'a dit qu'il avait l'impression de nous retrouver comme on était il y a quinze ans." Cette joyeuse ambiance se poursuivra au Festival de Venise où les deux font la fête - Yannick n'est pas le dernier à plonger pour un bain de minuit dans la piscine de l'Excelsior.

Sur le chemin du retour, même si le film revient sans prix - mais couvert d'excellentes critiques de la presse internationale - les deux frères et le réalisateur improvisent l'ébauche d'une comédie. L'histoire de deux frères dont l'un, star, fait de l'ombre à l'autre, qu'on laisse en plan à l'entrée d'une soirée VIP. Mais la star souffrirait d'être enfermée dans des rôles sans intérêt quand son frère s'accomplirait dans un projet personnel. Fiction ou réalité ?

Le pari de "Nue propriété" n'était pas gagné d'avance. "Pour moi, c'était un premier vrai long-métrage et un premier premier rôle. Et je me retrouvais dans la situation de jouer le frère de Jérémie. Après, sur le tournage, j'ai réalisé que c'était un plaisir de pouvoir vivre cette rivalité. Jouer un personnage qui finit par s'écraser sous son frère, c'était se jouer de la réalité." La distribution des rôles n'était d'ailleurs pas acquise d'emblée. "Dix jours avant le tournage, je devais jouer Thierry et Jérémie jouer François. On a changé deux, trois fois les rôles. Jérémie et moi avons rééquilibré les rôles. Des répliques se sont échangées. François est devenu plus violent dans la première partie avant de s'adoucir. Jouer un personnage plus passif m'a permis de trouver mon rythme et de pallier mon manque d'expérience du cinéma."

Yannick garde aussi la tête froide, conscient des vices de sa profession. "Quand tu es comédien, entre les coups et les projets, tu passes ton temps assis à attendre et à te demander si les gens t'aiment bien. Ma compagne, qui est aussi comédienne, est devenue institutrice. Soudain, je me suis rendu compte que c'est positif de s'ouvrir sur le monde." Depuis septembre, il étudie la photographie à l'Ecole de la Ville de Bruxelles. Ce qui ne ferme pas pour autant la porte du cinéma. "Je viens de tourner dans "Coupable" de Laetitia Masson et je jouerai dans une comédie musicale de Christophe Honory, "Les chansons d'amour" : maintenant, Yannick a un agent à Paris. Comme Jérémie.

"Nue propriété" sur les écrans le 24 janvier. Critique dans "La Libre Culture" de mercredi.

© La Libre Belgique 2007