Cinéma Une histoire d’amour tragique sur fond de tradition kurde. Grand prix à Gand.

Dans son petit village du Kurdistan irakien des monts Zagros, Zagros est heureux comme un prince. Il adore sa femme Havin, enceinte de trois mois, et leur petite fille. Tandis qu’il aime son métier de berger. Le problème, c’est que quand il est là-haut dans la montagne avec ses brebis, il se murmure au village qu’Havin batifolerait avec Ali, un marchand de tapis. Les choses s’enveniment à tel point qu’en son absence, le père de Zagros et son oncle en viennent à séquestrer la jeune femme. De retour au village, Zagros prend fait et cause pour sa femme, mais celle-ci s’enfuit avec leur fille vers Bruxelles. Quelques semaines plus tard, le mari transit décide de les y rejoindre. Mais le poison du doute s’est installé dans le couple. D’autant que, même à distance, la famille de Zagros continue de faire pression sur lui…

Jeune cinéaste kurde arrivé en 2008 en Belgique (où il a étudié la réalisation à Sint-Lukas), Sahim Omar Kalifa a signé une série de courts métrages remarqués mettant en scène la vie des Kurdes, dont "Land of the Heroes" ou "Baghdad Messi". Il passe ici au long métrage avec une histoire d’amour tragique sur fond de code d’honneur à la kurde. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le jeune cinéaste ne porte pas dans son cœur la tradition dans ce qu’elle a de plus rétrograde, notamment vis-à-vis des femmes.

Si, sur ce point, "Zagros" est un film intéressant - et plutôt bien observé dans sa première partie kurde -, Sahim Omar Kalifa reste trop sage dans sa mise en scène. Surtout, son scénario apparaît un peu scolaire, trop mécanique. Avec, comme résultat, de déforcer son personnage principal, ce berger tiraillé entre son amour pour sa femme, sa jalousie et l’honneur de sa famille. Sauf que, chez Zagros, ce tiraillement n’est pas un déchirement profond, plutôt une forme d’hésitation : un coup, il croit sa femme, un coup son père, un coup sa femme, un coup son père… Le problème tient aussi en partie à l’acteur Feyyaz Duman, pas toujours très fin dans son interprétation, contrairement à Halima Iter, très touchante dans le rôle de l’épouse.

Sur ce même sujet du poids de la tradition sur les immigrés arrivés en Belgique, "Zagros" arrive malheureusement après "Noces" de Stefan Strecker. Un film autrement plus fort, qui parvenait à transcender le réel à travers de vrais personnages de cinéma et rendre ainsi bien plus universelle la tragédie montrée à l’écran…


© IPM
Réalisation : Sahim Omar Kalifa. Scénario : Jean-Claude van Rijckeghem&Sahim Omar Kalifa. Production : Dries Phlypo&Marion Hänsel. Photographie : Ruben Impens. Musique : Rutger Reinders. Avec Feyyaz Duman, Halima Ilter, Daria Hachem Mohamed Gulli… 1 h 42.