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Cirque | Avant-propos
Suivre Paris, "Sorties 8, 9, 10"
Laurence Bertels
Mis en ligne le 03/04/2010
En plein envol, le cirque se décline sur toutes les pistes. A en perdre la tête. Que les âmes en peine ne cherchent plus leur voie et prennent les sorties 8, 9, 10 sur l’autoroute de Paris. La Villette, en effet, important pôle de cirque contemporain, met la Belgique à l’honneur et programme, du 20 juillet au 14 août, les numéros de fin d’études des élèves sortis en 2008, 2009 et 2010 de l’Esac (École supérieure des arts du cirque). D’où, bien sûr, le titre du spectacle, "Sorties 8,9,10", une variante de l’annuel "Exit", un best-of en quelque sorte ainsi qu’un événement inscrit dans le cadre culturel de la présidence belge du Conseil de l’Union européenne.
A ne pas sous-estimer, les spectacles de fin d’études circassiennes sont souvent de haute qualité. Il est d’ailleurs de tradition, dans le milieu, d’y assister. Surtout depuis l’événement du Cri du caméléon en 1995, spectacle des élèves du Cnac (Centre national supérieur des arts du cirque à Châlons-en- Champagne) mis en scène par le grand chorégraphe Josef Nadj. Comme le raconte l’ancien acrobate et nouveau directeur de l’Esac, Gérard Fasoli : "Ce "Cri du caméléon" était un véritable tsunami. J’étais alors professeur à Châlons. Je m’en souviens comme si c’était hier." Depuis, la Villette programme le spectacle de Châlons d’abord en janvier, puis en été. Pour diverses raisons, il est à nouveau au menu en début d’année.
Cette soudaine ouverture en été, l’arrivée de Gérard Fasoli - apprécié en France - à l’Esac et la présidence belge à l’Union européenne, voilà trois facteurs importants qui semblent s’unir pour donner au cirque belge une belle visibilité.
D’importance, l’événement se prépare activement, histoire d’être à la hauteur des espérances. Une délégation, artistique et politique, vient de passer la journée à Paris, et de rencontrer la direction de la Villette, pour mieux préparer ces Sorties.
"Nous sommes fiers d’accueillir les Belges." nous dit la directrice générale, Florence Berthout. "Nous considérons les arts du cirque comme une discipline majeure qui est ouverte sur le monde et qui favorise l’accès à la culture par le plus grand nombre. La Belgique sera très présente cette saison puisque nous accueillons aussi "Le Tryptique" de Sidi Larbi Cherkaoui et la Compagnie Arsenic avec "Le Géant de Kaillass".
Au-delà des mots, l’implication de la Villette est financière. Elle coréalise en effet ce spectacle et investit 90000 des 250000 euros requis. Pourquoi cet engagement ? "Nous voulons donner une place solide au cirque contemporain, d’où notre soutien réel au Cnac depuis quinze ans. Nous aimons à la fois les formes abouties et naissantes, les jeunes pousses et le cirque en herbe. On reste donc très attentifs à tout ce qui se passe et l’Esac jouit d’une belle réputation. L’arrivée de Gérard Fasoli à la tête de l’école de Bruxelles a accéléré le mouvement" nous dit Yveline Rapeau, responsable du cirque. "Nous sommes un laboratoire, renchérit la directrice Florence Berthout. La Villette veut être à l’avant-garde de nouvelles disciplines et les accompagner. Nous sommes très fiers d’avoir accueilli Johann Le Guillerm et Mathurin Bolze alors qu’ils étaient encore tout petits, mais on doit aussi s’intéresser à ce qui se passe en dehors de nos frontières, être plus volontariste sur ce terrain et lutter contre notre tendance à l’endogamie. En ce sens, l’exemple finlandais s’est montré très convaincant l’été dernier."
Aux étudiants maintenant - ou jeunes professionnels - de s’entraîner au saut périlleux pour cette première hors les murs, cette succession d’instants, acrobatiques et poétiques, cette fin de parcours et surtout ce début de voyage. Ils seront une petite vingtaine à se réunir au Parc de la Villette dans une forme inédite, construite autour d’une douzaine de numéros individuels, un espace-temps d’environ huit minutes au cours duquel le circassien doit s’exprimer techniquement mais aussi artistiquement, le cirque contemporain ne voulant pas uniquement privilégier la performance. L’acrobate, le trapéziste, le jongleur ou encore le fildefériste n’est en effet pas seulement un interprète, il est aussi l’auteur d’un langage singulier. Telle Juliette Hulot, clown féminin en costume prince-de-galles, fildefériste faussement maladroite, amoureuse coincée, timide à rougir et drôle à sourire et son partenaire, Brice Masse, drolatique et pudique pour un duo en fauteuil de velours élimé, un cirque théâtralisé, deux talents dévoilés.
De quoi réjouir les 5 000 spectateurs espérés au sein d’un parc qui accueille chaque année dix millions de passagers, soit la Belgique entière.
Paris, du 20 juillet au 14 août au Parc de la Villette. Infos : www.villette.com ou 00.33. (0) 1.40.03.75.75
"Sorties 8,9,10" sera également aux Halles de Schaerbeek (www.halles.be) et à la Maison de la Culture de Tournai la saison prochaine (www.maisondelculturetournai. com ou 069.25.30.70)
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