La Libre.be > Culture > Article
Littérature | Liban (2/3)
L’écriture comme microrévolution
Guy Duplat
Mis en ligne le 22/04/2010
Hyam Yared est née à Beyrouth en 1975, l’année où la guerre civile, qui durera quinze ans, éclatait (lire nos éditions précédentes). Elle a publié trois recueils de poésie et deux romans à ce jour : "L’armoire des ombres" et l’automne dernier, "Sous la tonnelle". C’est l’éditrice française Sabine Wespieser qui l’a découverte et suivie. A bon droit, car Hyam Yared a un vrai talent littéraire, mêlant intimité et psychologie avec un arrière-plan très politique sur l’histoire libanaise. Dans son dernier roman, elle parle de la vie d’une grand-mère qui vient de mourir, des souvenirs laissés, mais aussi de ce qu’on découvre petit à petit de la vie cachée de cette femme, de sa liberté, de sa fantaisie, de sa générosité pourtant en pleine guerre. Un très beau portrait psychologique de femme, complexe, très justement observé.
Nous avons rencontré la jeune auteure, une longue chevelure bouclée, dynamique, volontaire, qui participait à Beyrouth (où elle vit) au festival "Beirut 39" consacré à la jeune littérature arabe. Hyam Yared est typique de ces artistes qui se révoltent contre les archaïsmes du Liban, responsables en partie des drames du pays.
"Je suis née au début de la guerre et elle fait partie de moi. On le voit dans ma poésie érotique, qui était une manière de revendiquer ma liberté, de renverser des tabous et de parler du corps si présent dans la guerre. J’ai opté pour le français, car cette langue me donne plus de liberté pour exprimer ce que je veux dire et m’aide à réfléchir à ma propre culture." Elle n’aime pas qu’on l’interroge sur son "appartenance", combattant ces a priori. Du bout des lèvres, elle se dit d’origine grecque-orthodoxe avec une grand-mère "areligieuse". "En plus des clivages communautaires, il y a les clivages linguistiques. La langue arabe rencontre peu la française. On est dans le refoulé. Il n’y a pas de travail sur la mémoire et je revendique que dans chaque école, il n’y ait plus le cours de religion de la communauté mais bien un cours sur toutes les religions."
Son livre exprime bien cette société cadenassée par se clans et ses religions qu’elle a toujours connue : "Je me suis mariée à 20 ans et j’ai eu rapidement trois enfants et puis j’ai voulu divorcer." Mais au Liban, seul le mariage religieux existe. Les Maronites ne peuvent pas divorcer. Si un mariage est "mixte", le conjoint survivant ne peut pas hériter, etc. "Ce sont les autorités religieuses qui interviennent dans nos vies." Pour son divorce, elle a dû passer devant un "tribunal" de cinq prêtres qui l’ont interrogée sur sa vie, y compris la plus intime, prenant prétexte des mots érotiques de ses livres pour l’attaquer. "Les curés se sont identifiés à mes personnages. C’est encore le Moyen Age." Elle s’estime heureuse d’avoir pu conserver la garde de ses enfants même si elle a dû laisser tomber la pension alimentaire.
Ses romans et poèmes sont imprégnés de son expérience libanaise. "J’arrêterai d’écrire sur mes origines le jour où j’aurai eu gain de cause sur un de mes combats : pour une société civile, pour la laïcité, pour le droit des femmes, pour la démocratie, pour des cours obligatoires sur l’histoire des religions. En attendant, mon écriture doit être une microrévolution, doit être engagée, de parti pris."
Malgré ses critiques, elle ne songe pas à s’exiler : "Loin du Liban, je suis dans l’amour de mon pays. Mais dès que j’y rentre, c’est la haine. Je ne sors pas de cette relation d’amour-haine. Je suis une apatride. Pour que cela bouge, il faudrait une révolution institutionnelle. Mais l’impasse dans laquelle nous sommes sert trop d’intérêts, sauf celui du Liban même !"
Son prochain roman parlera d’une femme infanticide. "Or au Liban, une femme n’existe que par ses enfants. Je veux montrer que les torts ne sont pas tous chez elle. Au Liban, un crime d’honneur commis par un homme est puni de deux ans de prison. Si c’est une femme, c’est la perpétuité."
"Sous la tonnelle" par Hyam Yared, Sabine Wespieser, 278 pp., env. : 21 euros.
Jean Dujardin chante son bonheur...
'Contador est innocent'
L'après-Concordia : les...
Il surfe sur l'E411