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Opéra en plein air | Critique
Carmen dans son camp
Martine D. Mergeay
Mis en ligne le 21/08/2010
Après une semaine pourrie (et des conditions de répétition et de montage épouvantables), l’air était doux, jeudi, dans la cour du Palais des Princes-Evêques de Liège, et le ciel dégagé ; accueillis par une municipalité bienveillante, les manouches avaient installé leurs roulottes le long des bâtiments et Lilas Pastia ouvert son petit bar, on entendait une douce mélopée "Libre comme le vent, libre comme l’air" ; la cérémonie pouvait commencer, la passion de Carmen allait être dignement célébrée.
Car c’est ainsi que François de Carpentries et Karin Van Hercke ont construit leur concept : comme la reconstitution, au sein de la "tribu" de Carmen - on sait qu’une bohémienne n’est jamais seule - des circonstances ayant conduit à sa mort ; Don José, arrêté pour meurtre dès l’ouverture, est au centre de cette reconstitution, ce qui rapproche déjà l’opéra de la nouvelle de Prosper Mérimée qui l’inspira ; enfin, les maîtres d’œuvre ont choisi la version avec les dialogues parlés (et donc sans récitatifs), ici réécrits par François de Carpentries et, nous a-t-il semblé, puisés chez Prosper Mérimée précisément. Cette mise en abîme supplémentaire - et la société vibrante et vivante pour laquelle elle est jouée, le camp de gitans - réveille toute la force de l’opéra.
Mis à part les soldats - mais il y en a partout dans le monde - tous les protagonistes (costumes chatoyants de Karin Van Hercke) appartiennent donc à la même communauté et les enfants y occupent une place déterminante, non seulement dans leurs interventions chantées - réglées de façon magistrale par Sarah Goldfarb - mais dans leur participation à toute l’action (coaching de Gwendoline Spies). Le travail avec les chœurs est de la même veine, et si la majorité des voix (renforcées par quelques pros) sont plutôt vertes, la justesse est excellente (bataille des cigarières !) et le jeu de scène impressionnant d’aisance et de naturel. Dans la "roulotte d’orchestre", à la tête des Nuove Musiche, Yannis Pouspourikas (notamment chef adjoint au Vlaamse Opera) n’est pas pour rien dans ce dynamisme : tempos souples et allant, bonne attention aux chanteurs, il manque encore la puissance et la rondeur, mais le plein air et l’amplification troublent les données.
Quant aux solistes, tous ne sont pas du même niveau, le duo de tête lui-même est aux limites acceptables de la disparité, mais ils ont la jeunesse pour eux et ça marche à fond ! Notamment grâce à la locomotive de la production, la mezzo Française Anne-Fleur Inizan, actuellement en perfectionnement à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth : voix pas très grande mais timbre mordoré et sensuel, justesse parfaite, extrême élégance du phrasé, musicalité raffinée et don de scène époustouflant. Elle est une Carmen de rêve, quoiqu’alternative. Face à elle, le Belge Mikhael Fischi est un Don José brut de décoffrage, sentimental et violent (celui de Mérimée est plus subtil) mais la voix est exceptionnelle, belle, puissante (chantant parfois trop haut !) et très solide. En Escamillo, le Géorgien Papuna Svirelli-Tchouradze (également danseur) est trop beau pour être vrai avec son costume framboise et sa chemise noire, si la régie avait ouvert correctement son micro, on aurait pu mieux juger des promesses de sa voix ; et l’Allemande Suzanne Braunsteffer campe une Micaela assurée mais sans nuance. On notera le bon niveau des autres chanteurs, dans des rôles parfois très exigeants : Lies Vandewege (Mercedes) et Talar Dekrmanjan (Frasquita), également de la Chapelle, Laurent Kubla (Morales/Escamillo), Marc Souchet (Dancaïre), Jean-Michel Van Oosten (Remendado) et Florent Huchet (Zuniga).
A Namur, 26,27 août, La Hulpe, 1 au 6 sept, Bruges, les 9, 10,11 sept, Ooidonk les 16, 17,18 sept. Info : 070.222007 ou www.070.be
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