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Une baleine dans la ville

Sophie Lebrun

Mis en ligne le 02/02/2011

La nouvelle patinoire de Liège est en chantier, à côté de la Médiacité. Un projet architectural ambitieux réalisé par L’Escaut et Weinand.

Sa silhouette évoque celle d’un glaçon, d’un frigo ou d’un igloo. Les architectes qui l’ont conçue y voient aussi une baleine blanche. Images de froid, de glace et d’eau, dans tous les cas, qui reflètent le contenu de cet édifice à l’architecture à la fois audacieuse et sobre : une patinoire. Elle remplacera celle de Coronmeuse, logée dans l’énorme Palais des Fêtes conçu par l’architecte Jean Moutschen dans le cadre de l’Expo internationale de 1939. Un bâtiment prestigieux mais inapproprié - un gouffre financier, en l’occurrence - et vétuste. Les récentes salves hivernales qui ont endommagé la toiture ont d’ailleurs porté le coup de grâce à la patinoire de Coronmeuse : la Ville de Liège a annoncé, vendredi dernier, sa fermeture définitive.

Lancé à la mi-novembre 2010, le chantier de la nouvelle patinoire communale, connectée au récent mégacomplexe Médiacité, devrait s’achever en juillet 2012. Le budget total du dossier de cette patinoire olympique - la seule en Communauté française - s’élève à 9,2 millions d’euros, subsidiés à raison de 3,75 millions par la Région wallonne (Infrasports). A la barre, en association momentanée : le bureau d’architecture L’Escaut et le bureau d’études Weinand, qui ont déjà œuvré de concert sur de beaux projets publics tels le centre culturel Victor Jara à Soignies et l’extension du Musée de la photographie à Charleroi.

La patinoire est un projet complexe, qui doit slalomer entre de lourdes contraintes techniques, énergétiques et budgétaires, sans compter la solidité des équipements que requiert un sport tel le hockey sur glace. "La question était : comment introduire de la générosité dans cet espace public, ce chantier très technique. Et garder l’enthousiasme, la magie, par rapport à toutes les contraintes et tensions", notent Michaël Bianchi et David Crambert, architectes (L’Escaut).

Généreux et féerique, l’édifice le sera, si l’on en croit les esquisses et images de synthèse. Cette forme arrondie et argentée, juste percée, côté rue, d’un renfoncement et d’une grande baie saillante (tels la bouche et l’œil de la baleine) ne manquera pas d’attirer le regard. D’autant qu’elle s’insère dans un environnement carré et bétonné, hormis bien sûr le long "serpent" translucide conçu par Ron Arad qui couvre la galerie Médiacité.

Majoritairement en bois (lamellé-collé), la structure - le "squelette" de la baleine - devrait procurer légèreté et "chaleur" à l’énorme espace intérieur. Tandis que les gradins bordant la piste apporteront une touche colorée et rétro, les auteurs de projet ayant décidé de réutiliser les sièges de Coronmeuse, en plastique moulé vert et orange, façon années 70. Pour le reste, le mobilier sera majoritairement en bois.

Sur le plan technique, la "magie" de la baleine réside dans sa peau. Une enveloppe constituée de 15 couches, soit deux ou trois fois plus que dans un bâtiment traditionnel. C’est en effet "la logique du frigo" qui s’est imposée. A la fois pour garantir le froid requis à l’intérieur (et une bonne hygrométrie), quels que soient la météo et le taux d’occupation, et pour limiter au maximum la consommation d’énergie, en soi très élevée dès lors qu’il s’agit de produire du froid. L’édifice sera recouvert d’écailles d’aluminium anodisé réverbérant les rayons du soleil. Sa peau multicouches (et cependant légère car sans béton) répond à un autre défi : une isolation acoustique performante, le lieu devant aussi accueillir des spectacles sur glace.

La sobriété de l’aménagement intérieur n’est pas qu’un parti pris architectural, elle tient aussi au budget serré, "typique des bâtiments publics en Région wallonne : 20 à 30 % plus bas que dans d’autres pays", note Michaël Bianchi. Dans ce contexte, soucieux de créer un espace de qualité, L’Escaut préfère, "à des finitions bon marché, des matériaux bruts" , tels le béton lissé.

L’accès à la patinoire se fera, lui, non pas côté rue comme on eût pu l’imaginer, mais via la galerie commerçante. "La dimension publique de la patinoire est soumise à la logique commerciale et privée", commentent les architectes. Rebondissant sur cette contrainte supplémentaire, ils entendent "marquer le coup" en aménageant, dans l’espace imparti (un renfoncement entre deux magasins), un sas d’entrée original, tapissé de néons blancs, invitation à glisser dans l’univers de la glace. Reste à savoir jusqu’à quel point il pourra se concrétiser, l’espace en question ayant tendance à être grignoté par d’autres fonctions (distributeurs de billets, etc.).

"L’image de la baleine nous a portés, on a navigué sur son dos - ou dans son grand ventre - depuis le début, à travers les contraintes", indique Michaël Bianchi. Le public devra attendre plusieurs mois avant de voir le cétacé émerger du béton. Son flanc argenté sera visible depuis la Dérivation de la Meuse, si le complexe de cinémas prévu à ses côtés tarde encore à voir le jour.

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