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Métaphore et hyperréalisme
Marie Baudet
Mis en ligne le 06/10/2011
Iris a onze ans, la langue bien pendue et l’impression de vivre les derniers instants de son enfance. Sous la plume du Canadien Morris Panych (°Calgary, 1952), elle plante le décor : le logement familial, ses parents qui s’entendent mal, leur pensionnaire un peu spéciale, et son poisson rouge Alakermaisse ("parce que c’est là qu’on l’a eu") balancé mort dans les toilettes - ce qui à ses yeux est la cause certaine de ce que le monde ne tourne plus rond. L’action se passe dans un petit port de pêche au Canada en 1962, en pleine crise des missiles de Cuba
Or un inconnu débarque. M. Lawrence est bizarre, toujours un peu "à côté", l’air égaré; d’où vient-il, d’ailleurs ? Iris, qui découvre le bouddhisme, a bien une idée. Et s’il n’était autre que la réincarnation de "ce pauvre Alaker" ? Et s’il était arrivé avec pour mission de recoller les morceaux entre ses parents ? Parce qu’entre Owen (pantalon et chemise à carreaux, pantoufles, intérêt obsessionnel pour la géométrie, nervosité jugulée par des médicaments) et Sylvia (rouge à lèvres et vernis à ongles coordonnés, mise en plis, talons, et toujours une valise prête ) il plane comme un vide, un néant où flottent des restes d’amour trop peu réciproque, beaucoup d’usure et une pincée de mépris.
Tout cela - y compris les apparitions toujours improbables et souvent imbibées de Mlle Rose - est débité dans une langue dont la traduction (Blandine Pélissier) n’a pas tenté de gommer les couleurs anglo-saxonnes. A la mise en scène, Georges Lini s’est mis au diapason. On a certes connu le fondateur du ZUT plus incisif. Pour autant, il ne démérite pas dans cet exercice où se mêlent la métaphore (la plus évidente étant l’analogie entre le bocal, désormais vide de son occupant, et cette pension de famille qui parfois ressemble à une prison), l’allégorie fugace et l’hyperréalisme d’un décor (Thibaut De Coster et Charly Kleinermann) avec napperon en dentelle, foulard sur la patère et cocktails confectionnés - et engloutis - en direct.
Cette comédie sombre et attachante est servie par une interprétation cohérente. Wendy Piette relève le difficile défi de camper l’enfance sans la caricaturer : son Iris est insolente, surdouée, agitée et inquiète. Le Lawrence de Nicolas Ossowski est parfait d’hébétude cocasse, toujours à la lisière du malaise. France Bastoen et Marc De Roy campent avec justesse un couple en pleine déliquescence. Et la mue de John Dobrynine en employée de la conserverie de poisson abonnée aux bains de lavande et un brin nymphomane est tout bonnement magique.
Bruxelles, Théâtre du Méridien, jusqu’au 15 octobre. Durée : 1h20 env. De 9 à 18 €. Infos&rés. : 02.663.32.11, www.theatredumeridien.be
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