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Ars Musica | Critique

Tabachnik relaie le rêve de Xenakis

Martine D. Mergeay

Mis en ligne le 29/03/2010

Orchestre et public mêlés, pour un voyage au cœur du son.

L’idée première en revient à Yannis Xenakis (1922-2001), héros du festival Ars Musica 2010, qui écrivit son "Terrêtektorh" (1966) pour un orchestre de 88 musiciens dispersés dans le public, relayant lui-même un vieux rêve de Wagner, et tentant de prouver que la musique n’est pas seulement un art du temps mais aussi de l’espace.

Avec l’énergie et la verve qu’on commence à lui (re)connaître à Bruxelles, Michel Tabachnik, directeur musical du Brussels Philharmonic (et proche de Xénakis dont il créa plusieurs pièces), s’est livré à l’exercice ; le résultat, présenté les 25 (répétitions ouvertes) et 26 mars derniers, aux Halles de Schaerbeek, est déjà inscrit dans les annales. Détail piquant : c’est en français que le chef (suisse) du Brussels Philharmonic, ancien VRO, présenta le concept, s’adressant à 360 ° au public assis dans des transats et les chaises truffant l’orchestre : "Les musiciens sont disposés selon le plan voulu par Xenakis pour sa pièce "Terrêtektorh" , un plan où toute hiérarchie est abolie, où chacun, confronté directement aux membres du public, est seul responsable de sa partie Vous découvrirez dans un instant les effets qui se dégagent de cette configuration. Nous avons voulu profiter de l’occasion offerte par Xenakis pour vous faire entendre d’autres œuvres fortement spatialisées, que nous vous donnerons en continuité, sans vous en préciser l’ordre : il y aura des "Canzone" de Gabrieli pour 22 voix, le prélude de "Lohengrin" de Wagner et "Lontano" de Ligeti. Après l’entracte, nous vous invitons à changer de place, pour réécouter "Terrêtektorh" et une des autres pièces, selon votre choix "

L’expérience est de celles qui marquent, forte, profonde, jubilatoire, rendue possible par le haut niveau et l’engagement des musiciens - même pour une routière, quel cadeau de les sentir si proches - et la fulgurance des partitions.

Les Gabrieli, réécrits par Tabachnik lui-même en fonction de l’orchestre et variant d’effectif à chaque mouvement, aiguisèrent les perceptions, permettant ensuite à "Lontano" de se diffuser de proche en proche jusqu’à la douce montée des violons et l’émotion inouïe soulevée par "Lohengrin" (l’élu du second tour), balayée enfin par l’irruption de "Terrêtektorh" : alors, la disposition prit tout son sens, déclenchant une énergie mouvante et agissante, tantôt suspendue dans la saturation sonore, tantôt explosée la dispersion des timbres, tantôt circulant à travers le public comme un être vivant et insaisissable

Ars Musica, jusqu’au 2 avril 2010. Infos : www.arsmusica.be

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