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Opéra
Gruberova, Castafiore Diva
Nicolas Blanmont
Mis en ligne le 30/03/2010
Le silence de la salle est trop intense, les attentes trop fortes, le moment trop symbolique. Quand la flûte énonce la célèbre mélodie de "Casta Diva", la pression est à son comble. La salle de la Monnaie pleine à craquer, les chœurs engoncés sur la scène resserrée par les décors d’" Idomeneo", l’orchestre installé par-dessus sa fosse, les chanteurs sur une mince bande d’avant-scène, presqu’en surplomb des premiers rangs. Et Edita Gruberova qui fait, à plus de soixante ans, ses débuts à la Monnaie. L’air nerveux, soucieux, presque mal à l’aise, installée dès l’entrée en scène et pendant le premier récitatif, mais sans qu’on sache si ces sentiments sont ceux de la diva du bel canto elle-même ou, déjà, ceux du personnage qu’elle incarne, l’emblématique Norma.
Et la catastrophe, trop prévisible, arrive. Intonation incertaine, aigus étranglés, sons filés manquant de naturel, même le rythme de la prosodie n’y est pas. On se dit parti pour une soirée de naufrage et, alors qu’on est encore à prier pour que le public ne tire pas sur l’ambulance, le deuxième couplet arrive qui, déjà, semble mieux maîtrisé. L’air se termine presque sans plus de casse, la salle éclate en généreux - trop généreux sans doute, mais les fans sont là, venus sans doute d’Allemagne si ce n’est de Slovaquie, avec même des calicots - applaudissements et la diva, comme rassérénée, s’acquitte avec une assurance croissante de la cabalette qui suit l’air. La prestation ira croissant au fil de la soirée : la capacité de vocaliser reste impressionnante, la façon d’habiter le personnage convainc que des versions de concert aussi intenses valent mieux que certaines mises en scène prétendument conceptuelles, et la soprano termine la soirée en ayant convaincu que, non, elle n’est pas encore prête à la retraite et que, oui, elle a encore sa place dans ce répertoire. Certes, on peut discuter sur le grave (souvent forcé), sur le passage des registres (tout sauf discret), sur la façon d’attaquer les aigus par le bas (quitte à mettre un peu de temps pour stabiliser la voix à la bonne fréquence) ou même sur cette tendance à forcer les expressions du visage. Mais il se passe quelque chose, et quelque chose passe. Torrents d’applaudissements à la fin et, se mêlant aux huissiers de salle, Peter De Caluwé qui vient offrir lui-même le bouquet de fleurs final, sans qu’on soit d’ailleurs sûr que la diva, Castafiore perdue dans son monde, se soit rendu compte que c’était le directeur de l’opéra qui lui rendait ainsi hommage.
Evidemment, la soprano slovaque n’est pas seule ! Il y a l’orchestre de la Monnaie, galvanisé et fouetté par la baguette de Julian Reynolds, il y a les chœurs, excellemment préparés par Martino Faggiani, et puis il y a le reste du plateau : Silvia Tro Santafé, Adalgisa à la voix pleine et puissante, séduisante par son homogénéité comme par son moelleux, Giorgio Giuseppini, Oroveso impressionnant à souhaits, et Zoran Todorovich, Pollione aux allures de play-boy latin, voix de stentor mais capable aussi de nuances, ténor puissant et très sûr qui finira joliment la soirée en posant devant sa Norma un respectueux genou par terre.
Bruxelles Palais des Beaux-arts, le 2 avril à 20h; www.lamonnaie.be, 070.233.939
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