Livres - BD

La romancière américaine Alice McDermott a reçu le Femina étranger pour "La neuvième heure" (La Table Ronde) et Élisabeth de Fontenay a été récompensée par le Femina essai pour "Gaspard la nuit" (Stock). Pierre Guyotat, en compétition avec son roman "Idiotie" (Grasset), a reçu un "prix spécial pour l'ensemble de son oeuvre".

Voici notre critique de "La neuvième heure" :

Par sa riche humanité, par la lumière qu’il diffuse, par la bienveillance et la générosité qui s’en dégagent, La Neuvième Heure d’Alice McDermott est un livre résolument à part. Septième roman traduit en français de son auteur - après Someone , qui fut en lice pour le prix Femina étranger en 2015, tout comme l’est cette année La Neuvième Heure - , il nous emmène à nouveau à Brooklyn, dont Alice McDermott (qui y est née en 1953) ne cesse d’explorer les microcosmes en leur donnant l’épaisseur de personnages à part entière.

Sœur Saint-Sauveur porte bien son nom. Prenant le relais des pompiers, c’est elle qui vient au secours d’Annie, dont le mari vient de se suicider en provocant l’explosion au gaz de leur appartement. À soixante-quatre ans et malgré quelques soucis physiques, rien n’empêche cette sœur de continuer à agir comme elle l’a toujours fait : au mieux pour les nécessiteux, grâce à un réseau d’entraide construit patiemment. Enceinte, sans ressources, Annie est dans une situation d’urgence. Un travail lui est rapidement trouvé au sein du couvent : elle s’occupera de la blanchisserie aux côtés de sœur Illuminata. C’est là que grandira Sally, au milieu des récits et de l’entrain, attisant la rivalité de jeunes sœurs qui se disputent son affection.

Plus tard, Sally envisagera à son tour de se dévouer aux autres. Mais le voyage en train vers la congrégation où elle devait effectuer son noviciat tournera à la mise à l’épreuve : déstabilisée, elle prendra dès le lendemain le chemin du retour. Une de ses chères voisines se réjouira d’ailleurs "à la pensée que la jeune fille commençait à se lasser de toutes ses bonnes œuvres : toute la sainteté, la solitude et le sacrifice". La tournée des malades en compagnie de sœur Lucy achèvera de convaincre Sally que sa vie est ailleurs.

Dans ce roman qui fait palpiter tout un quartier, c’est surtout d’aventure humaine dont il est question. Où des femmes sont confrontées aux limites de leur vocation - comment on peut échouer dans ses meilleures intentions, comment il faut parfois composer avec une réalité trop abrupte et des préceptes religieux trop rigides. Dans ce texte à l’écriture tout en finesse et en subtilité, l’on retrouve les thèmes chers à Alice McDermott : la célébration du parcours d’héroïnes de la vie quotidienne, la résistance face à l’adversité, le tissus social comme irremplaçable garde-fou, l’attachement aux fondamentaux de l’existence et, bien sûr, l’héritage irlandais. Un cocktail particulièrement goûteux et fécond, dont on ne se lasse pas.