Livres - BD

Nombreux sans doute sont ceux qui ignorent qu'Amélie Nothomb, toujours aussi prolifique, a également trempé sa plume dans la littérature jeunesse. Il est vrai que la première édition de «Brillant comme une casserole» est étonnamment passée sous silence. Même les bibliographies de l'auteur des «Catilinaires» n'en font pas mention, alors que cette part d'ombre mérite d'être mise en lumière tant elle est savoureuse, à hauteur des espérances et différente de tout ce qui a été écrit pour les enfants jusqu'à maintenant. Peu ou mal diffusé en Belgique, ce recueil de contes aussi décoiffants que certains des chapeaux de l'auteur vient donc d'être réédité aux éditions La Pierre d'Alun, dans la collection «La petite Pierre», avec en prime, toujours gracieusement, «L'existence de Dieu».

«Ce livre est né d'une rencontre avec Jean Marchetti qui représente à lui seul les éditions de La Pierre d'Alun. Je lui ai offert mes contes car il n'aurait jamais pu me payer un contrat mais j'ai travaillé uniquement pour l'amour de l'art parce que la qualité de l'illustration, son approche artistique du livre m'ont séduite», nous confie Amélie Nothomb.

Rangés dans un tiroir, les contes d'Amélie sommeillaient depuis longtemps. Ils n'attendaient, comme la Belle au Bois dormant, qu'à sortir de l'endormissement. On est cependant loin, comme on l'imagine, du tendre conte de fées. La première princesse rencontrée chez Amélie Nothomb se doit d'être laide pour séduire le sublime prince Pin Yin, fils unique de l'empereur Tong Shue, lequel refuse d'épouser la plus belle et stupidement parfaite de l'Empire, tout étant déjà trop beau au brillant Palais des nuages.

Plus croustillant, et surtout plus surréaliste, «Le Hollandais ferroviaire», digne d'une pièce d'Ionesco, ne se contente pas de parler de nombreuses langues. Il va jusqu'à deviner celle de son interlocuteur, se met à son diapason, voire à son meuglement lorsqu'il s'agit d'une vache qui continue à regarder passer les TGV. On savoure ici le comique de situation et d'ambiguïté. L'homme, paraît-il, meuglait à la perfection.

Illustré avec beaucoup de raffinement, d'intelligence, d'abstraction parfois par Kikie Crêvecoeur qui ose les vignettes et propose un récit dans le récit, ce recueil écrit pour enfants accueille volontiers les adultes.

«Ce sont des historiettes que j'ai écrites pour m'amuser au fil des années. Je n'avais pas le projet d'en faire quoi que ce soit. Il en est que j'avais imaginées quand j'étais enfant. J'ai eu d'autant plus de plaisir à faire ce livre qu'il n'était pas lié à l'argent», précise l'auteur manifestement très enthousiaste face à ce projet.

SILENCIO

Les nouveaux livres d'Anne Herbauts, autre «star» belge - tout étant certes relatif - de la littérature (jeunesse) belge, passent, quant à eux, rarement sous silence; même lorsqu'ils s'appellent «Silencio». On revient, ici aussi, aux contes de fées revisités dans un livre à plusieurs lectures et à découvrir en sourdine.

L'auteur-illustratrice, à l'univers tout intérieur, dénonce les méfaits de la rumeur et du bruit aussi présent qu'inutile, dans certaines circonstances seulement. En effet, «Silencio» peut aussi être lu comme un plaidoyer pour la liberté d'expression. Voici un album moins poétique que le précédent, «Lundi», mais plus engagé et plus coloré. Il dévoile une nouvelle facette d'une artiste plurielle tout en restant authentique et fidèle au sens profond qu'elle veut donner à chacun de ses albums, depuis la série des «Edouard».

Sachons qu'il y avait ce jour-là grand bruit dans la ville. Le roi, qui était las, entendit alors brailler comme jamais dans la vallée. Son fils venait de naître et se fit illico baptiser «Silencio» dans un livre à lire entre les mots et les illustrations orientales, carnavalesques, ensoriennes, décalées et surtout très vivantes.

et les chants. Entre les mots.

© La Libre Belgique 2005