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Ce 9 mai à Amsterdam, lors d’une cérémonie officielle, quatre lauréats ont été honorés par le Princess Margriet Award for Culture 2017, qui met à l’honneur des initiatives visant à renforcer la cohésion sociale par la culture. Parmi eux, le saxophoniste belge Luc Mishalle et l’écrivain turc Asli Erdogan. En attente du verdict de son procès pour terrorisme (lire ci-contre), l’auteur du "Bâtiment de pierre" et du "Silence même n’est plus à toi" a répondu à nos questions depuis Istanbul.

Tout d’abord, dites-nous comment vous allez…

Je fais de la kiné pour ma nuque, mais mon problème le plus important est psychologique : je n’ai pas encore récupéré, je souffre de syndromes post-traumatiques. Chaque nuit, je fais des cauchemars - je me retrouve au tribunal ou en prison - et j’ai des insomnies. J’ai aussi des soucis de mémoire : j’oublie mes rendez-vous, et certains sont cruciaux.

En France et en Belgique, notamment lors de la dernière Foire du livre de Bruxelles, plusieurs manifestations de soutien ont été organisées en votre faveur. Est-ce important pour vous ou cela peut-il être dangereux ?

C’est très important pour moi en tant que personne. Quand vous êtes en prison, le pire est d’être oublié. Cette solidarité du monde compte pour les 163 journalistes et écrivains (selon le Parlement européen) emprisonnés aujourd’hui. Beaucoup d’autres que moi sont en attente de procès ou de verdict, et la presse turque est pour l’instant très silencieuse - 90 % est progouvernementale, les 10 % restants sont terrifiés. A ma sortie de prison, un seul quotidien turc m’a accordé une interview, alors que plus de cent médias du monde entier m’ont sollicitée. C’est donc important d’attirer l’attention et de témoigner sur ce qui se passe en Turquie. Pour chaque interview, je prends un risque, mais je ne pense pas que le silence aiderait. De toute façon, je ne peux rester silencieuse, ce ne serait pas humain.

Que représente pour vous le Princess Margriet Award for Culture 2017 ?

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