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La grippe aviaire menace l'Europe, la grippe tout court, elle,... court. Ont-elles frappé Albert Uderzo? Ou le ciel lui est-il tombé sur la tête?

C'est qu'on l'attendait ce trente-troisième album d'Astérix, annoncé à grand coup de buccins et d'impliables promotionnels. La sortie est pharaonix: simultanée dans 27 pays ce 14 octobre de l'an 2105 (ou 2014 selon les historiens) après J.C. (Jules César). Trois millions cent septante-huit mille exemplaires numérotés sont écoulés pour le seul marché francophone. A Lutèce, quelques librairies organisaient cette nuit des «nocturnes» pour lever le suspense dès 00h01. Même «La Libre» avait tenu à participer à cette invasion gauloise! Le titre, dévoilé le 22 septembre dernier à Bruxelles, avait pourtant déjà laissé perplexe: «Le ciel lui tombe sur la tête». Pour la première fois, Uderzo déroge à la règle non écrite qui veut qu'il ne s'agisse jamais d'une phrase (de «Astérix le Gaulois» à «Astérix et Latraviata»). Depuis qu'il préside seul à la destinée du héros qu'il a créé avec Goscinny en 1959, ce n'est pas le premier tabou qu'il brise: César participant au banquet final, en plein jour, dans «Le fils d'Astérix», le village rasé dans le même album, des femmes légionnaires dans «La Rose et le Glaive», Obélix buvant de la potion magique dans «La Galère d'Obélix», l'introduction des parents des héros dans «Latraviata»...

Au vu de la couverture, image en miroir de celle du premier album, on voulait encore croire à un retour aux sources ou à un album «testament». Mais pour les deux hypothèses, le dessinateur dément toute intention: «C'est un pur hasard. J'avais le titre «Le ciel lui tombe sur la tête», et je voulais que le poing d'Astérix frappe la foudre. Puis, je me suis dit: «Où vais-je mettre Obélix?», et ainsi de suite. Je me suis alors aperçu que cette couverture était le négatif de celle d'«Astérix le Gaulois». Mais si je sens que je tiens une idée valable, j'y vais.» L'album livré dans les rédactions (par char à boeufs...), jeudi après-midi, a, hélas, donné raison aux mauvais augures. Le ciel est bien tombé sur les Gaulois, sous la forme d'extraterrestres, tout droit sortis d'un (mauvais) manga ou d'un (mauvais) «comic book». Uderzo semble péniblement vouloir se mettre aux goûts du jour. Mais peut-on à ce point bousculer un mythe? Quant à l'esprit parodique, malgré la figuration d'Arnold Schwarzenegger, il est désormais aussi mort et enterré que le regretté Goscinny. Tous les gags tombent à plat, seul Cétautomatix retrouvant l'espace d'une case l'esprit d'antan. Astérix a dit trente-trois. Un chiffre qui va lui rester en travers de la gorge.

© La Libre Belgique 2005