Attendre le meilleur et recevoir le pire

Geneviève Simon Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Cul-de-sac», «L'omme qui voulait vivre sa vie», «Les Désarrois de Ned Allen», «La Poursuite du bonheur», «Rien ne va plus». En cinq titres, Douglas Kennedy (New York, 1955) s'est assuré un succès qui doit faire des envieux. Au rythme d'un titre par an, il est pourtant à craindre que la mécanique ne s'essoufle. La preuve, avec «Une relation dangereuse» dont la simplicité de la trame narrative n'a pas empêché l'auteur de l'étirer à l'extrême. Il n'en demeure pas moins que Kennedy a indéniablement le sens du récit, captant son lecteur pour le mener à sa guise, ce qui fait naître des sentiments ambivalents: le besoin de ne pas lâcher l'intrigue, mêlé à l'impression d'être pris, malgré soi, dans un piège.

Deux journalistes font connaissance dans l'hélicoptère de la Croix-Rouge qui les emmène en Somalie, ravagée par d'importantes inondations. Sally travaille pour le «Boston Post», Tony pour le «Chronicle». Elle est Américaine, lui, Anglais. Attirante, et lui, charmeur. Ils sont libres, indépendants, passionnés par leur métier. Coup de foudre.

DIABOLISME

Quand Tony se voit offrir la responsabilité du service de politique internationale, Sally apprend qu'elle est enceinte. Ils se marient alors en vitesse avant de rentrer à Londres, Sally acceptant de faire une pause, côté journalisme, pour donner à sa grossesse les chances de se dérouler dans la sérénité. Tout serait parfait, dans le meilleur des mondes, si l'on n'oubliait le «diabolisme» dont est capable Douglas Kennedy.

Alors que Tony est souvent absent - responsabilités obligent -, Sally connaît d'importants problèmes de santé. Sa solitude grandissante et le traumatisme dû à un accouchement difficile la plongent dans la dépression. Elle croyait pouvoir attendre le meilleur de son mari, elle n'aura droit qu'au pire...

Sally conduisant le récit, c'est dans la peau d'une femme que le romancier s'est glissé avec crédibilité pour exploiter la thématique de la relation mère-enfant. Une relation qui ne va pas toujours de soi et qui a parfois besoin de temps pour exister.

PRIMÉ À DEAUVILLE

Ce suspense psychologique laisse apparaître çà et là les profondes différences de mentalité qui séparent des pays cousins comme le sont États-Unis et la Grande-Bretagne, les Américains s'avérant incapables «de réfléchir avant de parler, de pratiquer ces vertus anglaises si prisées que sont la modération, la discrétion et l'art de ne jamais révéler ce que l'on pense». A première vue anecdotique, ce constat amènera Sally à la conclusion qu'elle a épousé quelqu'un qui ne parle pas la même langue qu'elle.

Quand on sait que Kennedy - lauréat du Prix littéraire du Festival du film américain de Deauville 2003 pour «Rien ne va plus» - vient d'écrire l'adaptation cinématographique des «Désarrois de Ned Allen». La transposition à l'écran de son oeuvre, en l'espérant habile, accroîtra encore, si besoin en est, sa notoriété.

© La Libre Belgique 2003

Geneviève Simon

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