Livres - BD

D’entre tous les livres si émouvants de Françoise Lefèvre, "Le petit Prince cannibale" est le plus bouleversant. Couronné par le Goncourt des lycéens au lendemain de sa sortie chez Actes Sud en 1990, il toucha un immense public. La belle auteure de "La première habitude", révélée en 1974 par Jean-Jacques Pauvert, y parlait de son fils autiste Asperger, alors âgé de huit ans, contant ses inlassables efforts, déployés contre vents et marées, pour comprendre un enfant "pour qui notre monde n’existe pas [ ] Je pourrais rentrer à la maison avec une girafe, il ne le verrait pas". Un enfant adoré, qui mettait apparemment "toute son énergie à ne rien donner". Et voilà qu’aujourd’hui ce "petit Prince" a trente ans, est comédien et réalisateur. Ecrivain aussi, puisqu’il replonge dans son passé via ce fascinant "autoportrait d’un enfant en colère, qui mène une guerre sans merci, contre lui-même et contre les autres". On ne peut résumer "L’empereur, c’est moi", témoignage sans fard d’un vécu orageux, douloureux en diable. Des pages criantes de vérité, qu’on lit le cœur à marée haute, partageant l’expérience de ce garçon encagé en lui-même, d’un "guerrier aux bras nus" devenu "un adulte serein". Chaque page du récit a son poids d’ailes froissées, d’hivers de l’âme. Hugo Horiot y confie combien souvent il souffrit de s’entendre dire qu’il était "un cerveau lent" alors qu’au contraire les images défilaient si vite dans sa tête. C’est à un éprouvant voyage intérieur, une traversée "des cendres et des ruines", qu’il nous convie avec une franchise désarmante, absolue. De rebelle. Un récit formidablement encourageant que la sans cesse combative Françoise Lefèvre postface admirablement, s’adressant à son "enfant des abîmes" : "Si en te lisant j’ai versé des larmes, j’ai aussi pensé à la joie d’être ta mère. Auprès de toi, j’ai appris la patience, la résistance, la tolérance, l’insolence, Hugo". Lisez-le, lisez-la.

L’empereur, c’est moi Hugo Horiot L’Iconoclaste (27, rue Jacob, 75006 Paris) 214 pp., env. 17 €