Livres - BD Entretien

Un vrai décembre de viking, un temps, assurément, à se plonger dans la suite des aventures du plus célèbre des morphirs : Bjorn, bien entendu. Les sorciers ne sont pas les seuls à enchanter les jeunes lecteurs et on se réjouit du succès remporté par les romans de Thomas Lavachery, auteur belge édité - et lu ! - en France. La première série des Bjorn, qui envoya le jeune homme aux enfers, a, en effet, été vendue à 100 000 exemplaires, dont la moitié rien que pour le premier tome, "Bjorn le Morphir". Un très beau score. L’univers, il est vrai, a tout pour plaire et surtout pour dépayser. Quoique

Pour rappel, l’histoire débute dans le Fizzland, en 1606, année durant laquelle la neige a été méchante au point de s’en prendre aux hommes et d’engloutir les villages et leurs habitants.

Bjorn réalise alors qu’il est doté de pouvoirs extraordinaires et se métamorphose. Timide et chétif, il se transforme en combattant redoutable. Il ira ensuite aux enfers, où il passera pas moins de quatre tomes ! A peine remis de ses émotions, le voici reparti pour les armées, cette fois, et pour les trois derniers volets de la série. Victime d’un attentat, le roi Harald Ier lui confie une mission importante et Bjorn devra, à un moment donné, lui avouer certaines vérités.

Montée d’excitation mêlée d’angoisse, grandes descriptions de batailles, poésie lyrique, tristesse sur le champ des morts, amour, souffle et évasion, voilà un récit qui a beaucoup pour lui. Les fans du morphir se frottent les mains et les ventes s’en ressentent déjà. "Bjorn aux armées I" est l’un des romans importants à l’Ecole des loisirs en 2010. Bon sang, il est vrai, ne saurait mentir.

Petit-fils de l’archéologue belge Henri Lavachery, ancien conservateur en chef des musées royaux d’Art et d’Histoire du Cinquantenaire à Bruxelles, Thomas Lavachery, historien de l’art, a également réalisé un documentaire qui raconte l’importante expédition de son grand-père à l’Île de Pâques en 1934-1935, dont il revint à bord du navire-école belge "Mercator".

Non content d’avoir la plume facile et foisonnante, Thomas Lavachery a aussi le trait de crayon singulier et s’intéresse à la bande dessinée, genre dans lequel "Bjorn le Morphir" a d’ailleurs été adapté chez Casterman. En outre, il a la taille, la carrure et, en quelque sorte, la morphologie d’un Viking, la barbe en moins.

D’où vous vient cette attirance pour les pays nordiques ?

Lorsque mon fils était petit, je lui inventais des histoires dont celle de Bjorn, qui était sa préférée. Voilà pourquoi je l’ai reprise. Par ailleurs, la mythologie viking a toujours inspiré l’heroic fantasy et offre donc un cadre idéal à ce genre d’aventures. N’oublions pas que les trolls viennent de là. D’autre part, adolescent, je me suis mis à lire des romans alors que je n’avais, jusqu’alors, lu que des bandes dessinées. En puisant dans la bibliothèque de mes parents, j’ai tout découvert d’un coup : Jack London, Alexandre Dumas, Henry Miller et la Norvégienne Sigrid Undset, prix Nobel de littérature (1928), dont la trilogie sur la vie de Kristin Lavransdatter au Moyen Age scandinave m’a fait rêver.

Avec “Bjorn aux armées I”, un nouveau cycle débute. Ne craignez-vous pas de vous lasser ?

Non, car je veille à faire des pauses entre les différents volumes. Je prends mon temps, j’ai d’autres envies. Il est vrai que lorsque je termine un tome de Bjorn, je me sens vidé. Il faut que je me ressource. De toute façon, à la fin de ce cycle-ci, j’arrêterai. Bjorn aura alors 18 ans; les grandes lignes du scénario sont écrites jusqu’à cet âge.

Après deux ans d’absence, le voici revenu. On vous sent plus à l’aise avec l’écriture, plus littéraire…

C’est vrai que j’ai travaillé l’écriture. Je me suis fait plaisir, libéré aussi, sans doute. Dans le premier tome, je m’astreignais à un devoir d’efficacité dramaturgique. Je voulais tenir le lecteur en haleine étant donné que nous sommes dans un roman d’aventures. Cette fois, je me suis accordé plus de liberté. J’ai l’impression que le lecteur a grandi et peut en profiter. Bjorn, lui aussi, a mûri.

La relation avec Sigrid, sa fiancée, a également évolué…

J’ai cherché plus d’authenticité. Sigrid soutient Bjorn mais, en même temps, mène sa propre guerre et a sa personnalité. Il se sent parfois esseulé lorsqu’elle n’est pas là.

Paradoxalement, il arrive aussi qu’il préfère qu’elle soit absente…

Si elle est à ses côtés, Bjorn éprouve parfois des difficultés à retrouver son pouvoir démoniaque, nécessaire pour la bataille. Sigrid l’ancre plutôt dans son côté humain.

Dans quel univers nous mènera le prochain tome ?

Chez les Mongols. Je viens de commencer l’écriture. Son titre en sera "Les mille bannières".

Votre fils est-il toujours votre premier lecteur ?

Oui, et il a émis peu de remarques pour ce tome-ci.

Avez-vous beaucoup de réactions ?

Ce sont surtout des filles qui écrivent ou, disons, qui se donnent la peine de le faire. Elles m’envoient des mails mais aussi des lettres bien écrites, parfois calligraphiées, pour me parler, par exemple, de leurs personnages préférés. J’ai aussi un blog très animé.

Avez-vous des regrets ?

J’aimerais être davantage lu par les adultes car je pense que mes romans s’adressent à tous. Il arrive heureusement de plus en plus souvent qu’ils soient lus en famille.

La famille, surtout la vôtre, compte-t-elle beaucoup ?

Je ne fais pas partie des gens qui se sont construits contre leur famille. J’ai l’impression d’appartenir à une lignée. Il y a mon grand-père, bien sûr, mais aussi mon arrière-grand-père, qui écrivait également, et mon père, un professeur de pédagogie, qui a consacré sa retraite à ses passions : la peinture, le dessin. Il ne faisait alors que ce qu’il aimait. J’ai voulu reproduire son existence. La famille de Bjorn est très présente dans le roman. Je n’aurais pas pu l’imaginer orphelin, même si, dramaturgiquement, c’est efficace

"Bjorn aux armées I", Thomas Lavachery, l’Ecole des loisirs, col. Medium, 334 pp., env. 11,50 €. Dès 10 ans.