Brel et Dieu sont

virginie roussel Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

entretien

Correspondante à paris

L’automne dernier, Brel est revenu. De mille façons et par mille détours, son beau visage étonné devant le spectacle du monde a dopé les ventes et les audiences, un peu partout. Le 9 octobre dernier, tous commémoraient les 30 ans de sa "disparition". Brel aurait donc disparu

Pour apporter une note un tantinet différente à ce concert nostalgique et frénétique, l’idée d’interviewer Maddly Bamy a surgi. Contactée par téléphone, la dernière compagne de Brel répondit doucement et avec assurance : "Non". "Et pourquoi?" "Parce que Jacques me l’a demandé. Et parce que les gens ne savent pas vivre le présent. Mais si vous en avez la curiosité, je prépare un livre d’enseignement qui sortira en mars," finit-elle par lâcher. Décidément, cette femme avait gardé quelque chose des Marquises, là où le temps s’immobilise Alors, va pour le livre, mais il faudra que "La Libre "en ait la primeur. Sa réponse tomba comme le verdict rendu à la sottise: "Non. C’est un livre qui doit être donné et partagé par tout le monde." L’enfer est pavé de bonnes intentions journalistiques Mais le mystère humain ne se perce pas à coup de boutoir. Maddly Bamy se montrait irréductible. Elle refusait ouvertement le fameux pas de deux, ce pas de danse de la "promo" qui se joue - parfois - dans la complaisance. Elle devenait incontournable, dans tous les sens.

Enfin, arrive le printemps, sa promesse de renaissance et Maddly Bamy. Elle a quitté Uzès, dans le Gard, pour se rendre à Paris. Dans une brasserie de la place du Châtelet, elle est au rendez-vous. Et Dieu, que cette femme est belle ! Elle comme toutes celles et ceux qui se savent suffisamment aimés pour être capables d’avancer en confiance, sans se sentir ni étranger, ni propriétaire d’un bout de terre. Maddly ne cherche ni à se montrer, ni à se cacher. Maddly est. Et pour le comprendre - et pour se savoir aimé aussi en toute infinité -, il suffit d’ouvrir son ouvrage si singulier et si lumineux, si indispensable à nos vies ordinaires qui n’aspirent qu’à vivre dans la dimension divine. "Je n’ai pas eu l’idée d’ écrire "La force d’aimer". "La force d’aimer" s’est écrit. Moi je ne veux rien, je suis tranquille ici. Je n’ai pas besoin de vouloir, de réfléchir à qui va le lire ou pas. Ce n’est pas important," explique- t-elle sans arrogance et sans timidité. Il n’y a pas un mot de moi dans ce livre. Dès que l’écriture vient, je la prends. Je prends ce qui est donné. Le désir de ma vie, c’est d’aimer. J’ai envie que les gens soient bien et de trouver la solution pour qu’ils ne soient plus en peine. Il est arrivé un moment où je me suis dit : je donne tout ce qui me reste à vivre pour aider un tant soit peu. Et ça m’ a été donné."

Comme il est donné à tous de vivre dans cet amour divin qui facilite nos vies, sans aucune considération d’ordre religieux ou moral: "La jubilation d’être en Dieu serait une jubilation si vous n’étiez pas persuadé que cela est possible seulement pour quelques-unes. Votre désir de savoir ce que Dieu veut vraiment, vous empêche de L’entendre vous dire qu’Il vous aime et ne vous demande pas votre amour puisque cet amour en vous est en Lui," écrit-elle.

Il y a 6 ans, Maddly vécut une expérience décisive, celle de cette présence inlassable et paisible en elle: "C’est très fort. Je suis partie aux Marquises, seule, pour le vivre. Ce que j’ai vécu, c’est en fonction de ma vérité intérieure. C’est l’Etre en moi qui a parlé." Depuis, elle ne fait plus qu’Un avec Lui dans cette expérience qui la fait peindre, dessiner, chanter, écrire sans jamais se soucier de rien d’autre que d’être, tout simplement. "Il n’y a rien que je ne fasse sans Dieu en moi. Et en le sachant et en le vivant, j’ai tout le monde en moi. Puisque Dieu est Un avec tous." Brel poursuivait cette quête: "Toutes les premières chansons de Jacques montrent combien il cherchait l’amour en Dieu. Il a arrêté de parler ainsi à partir du moment où on l’appelait l’abbé Brel, témoigne Maddly. Ce n’est pas parce qu’on aime que l’on est cureton ! Il a mis la foi de côté pour en parler différemment. Mais c’est difficile de tenter de convaincre au lieu de vivre totalement cette foi." Maddly Bamy vient d’annoncer la bonne nouvelle, Brel ne nous quitte pas : "Jacques a toujours eu et il a toujours cette envie d’aimer."

"La force d’aimer", Maddly Bamy; Christian Pirot, 263 pp, env. 25€

virginie roussel

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