C’est où qu’on va quand on est mort ?

Laurence Dardenne Publié le - Mis à jour le

Livres - BD Entretien

Où sont les morts? Que font-ils? Est-ce qu’ils me voient et m’entendent ? Papa sait-il si je fais des bêtises ? Peut-il m’aider, me protéger ? J’ai très envie de lui parler et de lui confier mes peurs." Ces interrogations sont celles d’un garçonnet qui vient de perdre son papa. Diego est le personnage central de "On va où quand on est mort ?", un ouvrage de Martine Hennuy et Sophie Buyse, psychothérapeutes auprès de l’asbl Cancer et psychologie (1). Ce sont des mots d’enfants, des questionnements légitimes exprimés lors des consultations avec des bambins confrontés à la mort que les auteurs ont ici mis dans la bouche de Diego. Car comment aborder ce thème, parfois encore tabou dans nos sociétés ? C’est l’une des questions que nous avons posées à Martine Hennuy.

A partir de quel âge les enfants ont-ils en général conscience de ce qu’est la mort ?

Il faut attendre l’âge de 7 ou 8 ans pour que l’enfant ait véritablement acquis le concept d’irréversibilité de la mort et qu’il la conçoive comme quelque chose d’universel. Avant cela, vers l’âge de 6 ans, il va percevoir l’insensibilité après la mort. Entre 3 et 5 ans, il conçoit davantage la mort comme un sommeil prolongé; il va toujours attendre que le mort revienne. Tout bébé, il va capter la tristesse des proches, de l’entourage; il va vivre la mort comme une absence, comme une séparation.

L’adulte devrait-il à un moment aborder le sujet avec l’enfant ou mieux vaut-il attendre que celui-ci en parle spontanément ?

Je dirais que de manière naturelle, dans le cycle de la vie, avec les plantes qui poussent puis meurent, en fonction des événements qui se présentent, le petit hamster qui disparaît un jour, ou le chat ou le chien, l’enfant tout naturellement sera amené à poser des questions par rapport à la mort. Il faudra alors tout simplement être là pour y répondre, se rendre disponible sans pour autant précéder les questions de l’enfant. Il s’agit de les accompagner dans leurs questions et de leur faire confiance, car ils ont énormément de ressources. En tant qu’adulte, il faut être suffisamment à l’aise pour pouvoir aborder ces sujets avec l’enfant, se laisser guider par lui à partir de choses concrètes.

Alors, concrètement, comment s’y prendre ? Quels mots utiliser ?

Il faut nommer les choses. Tout simplement dire que l’on est mort parce que l’on a fini de vivre. Et qu’à partir de ce moment-là, on n’a plus faim, on n’a plus soif, on n’a plus froid, on n’a plus de sensations Pour le reste, c’est en fonction des croyances et des convictions des parents. Selon qu’il s’agit d’un enterrement ou d’une crémation, il faut expliquer les choses telles qu’elles vont se passer et les lui faire constater. Amener l’enfant au cimetière va l’aider à faire son travail de deuil.

A contrario, que faut-il éviter de faire ou de dire ?

Avant tout, il faut éviter d’éviter le sujet, de ne rien dire. Certains parents veulent et pensent ainsi protéger l’enfant par rapport à la souffrance, mais tout ce que celui-ci va pouvoir imaginer si on ne lui dit rien risque d’être beaucoup plus traumatique que le réel. Il ne faut surtout pas utiliser des expressions comme "il est parti" ou "il s’est endormi", car, dans l’esprit de l’enfant, cela signifie que l’on peut revenir ou que, lorsque l’on s’endort, on peut mourir, ce qui est évidemment très angoissant pour un enfant lorsqu’il se met au lit le soir

(1) On va où quand on est mort ?, texte de Martine Hennuy et Sophie Buyse, illustrations de Lisbeth Renardy, Editions Alice Jeunesse, 12,90 €.

Laurence Dardenne

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