Carl Norac, enfin en haut de l'affiche

Laurence Bertels Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Best-seller aux Etats- Unis où il fut en tête des ventes jeunesse pendant deux mois, «Les mots doux» (Pastel, 1996) est signé Carl Norac, grand auteur belge de littérature jeunesse. Le sait-on? Le connaît-on seulement? Sa petite Lola, hamster de sexe féminin, a pourtant fait craquer l'Amérique entière parce qu'elle a mis le doigt sur les sentiments, les vrais, devenus si difficiles à exprimer. Elle se réveille avec des mots doux dans la bouche. Elle doit les dire, mais son père est déjà parti et sa mère est trop pressée. Un air qui a connu une vraie résonnance outre-Atlantique, et dans bien d'autres pays puisqu'il a été traduit en quinze langues.

Carl Norac, à l'honneur, d'Orléans à la Louvière, pour ses vingt ans d'écrits, n'est pas seulement le papa de Lola, mais aussi celui, dans la vie, d'une petite fée Else. Ou de livres, bien connus des enfants, «La Grande Ourse», «Le Sourire de Kiawak», «Un secret pour grandir» ou encore «Monsieur Satie, l'homme qui avait un petit piano dans la tête», livre-CD qui vient de paraître chez Didier jeunesse et qui, tant par le récit que les extraits et illustrations choisis, traduit délicieusement l'univers surréaliste du musicien de Honfleur.

Grand voyageur

Voyageur avant d'être auteur, Carl Norac a transmis à l'illustrateur Louis Joos ses impressions de Norvège, d'Indonésie, du Sénégal et du Québec. L'union de la réalité et de l'imagination a donné des résultats aussi probants que «Nemo et le volcan» (Pastel, 1995). « J'ai failli mourir à cause de l'éruption du Karkatau. Quand on voit un volcan en éruption, on lui donne une âme. C'est une habitude d'enfant de personnifier les éléments naturels. J'aime que les éléments du décor puissent avoir le rang de personnage. Voilà pourquoi la tempête a des yeux dans Kiawak» nous dit Carl Norac, capté in extremis, au lendemain du Doudou et à la veille d'un retour à Orléans, ville d'adoption qui a voulu lui rendre hommage, en janvier dernier, via l'exposition «Carl Norac, collectionneur d'instants».

Dans la foulée, et en complicité, La Louvière élit Carl Norac, natif du pays, pour inaugurer son Centre de littérature jeunesse «André Canonne». Elle propose, à quelques illustrations près, la même exposition, une collection reprenant plus de cent dessins originaux des vingt illustrateurs de Carl Norac avec un focus sur certains d'entre eux, Louis Joos bien sûr mais aussi Anne-Catherine De Boel, Catherine Pineur, Emile Jadoul. Comme souvent, en littérature jeunesse, la découverte des originaux donne toute la mesure des peintures choisies. Le talent de Louis Joos explose tandis que les couleurs du génial Carll Cneut éblouissent.

Fils de Pierre Coran, Carl Norac a choisi son anagramme pour nom d'artiste. Il écrit aussi du théâtre et de la poésie pour adultes. Son recueil «Dimanche aux Hespérides» lui vaut une reconnaissance en Belgique et en France. Né à Mons en 1960, enfant unique, il grandit à Erbisoeul, au coin du bois, où il s'invente des amis parmi les arbres et animaux. Dès 12 ans, il remplit des journaux intimes sous forme de poèmes, est fasciné par Michaux et David Bowie. Il deviendra professeur de français, voyagera beaucoup avant de se lancer, en 1986, dans l'écriture de livres pour enfants. Premier livre, premier prix.

En 1994, il rencontre Christiane Germain, directrice de Pastel à l'Ecole des Loisirs. Sa carrière prend son envol. Fils d'un auteur et d'une mère comédienne, il confiait au «Monde», comme pour s'excuser: « J'étais dans un milieu propice. Il y avait les mots écrits par mon père et les mots dits par ma mère». Le terrain était certes favorable, mais si la petite graine semée n'avait eu tel talent, jamais elle n'aurait nourri tant d'enfants.

© La Libre Belgique 2006

Laurence Bertels

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