Livres - BD

Il sera bien sûr présent au Salon du livre de jeunesse qui ouvre ses portes à Namur le 8 octobre prochain ainsi qu'à la Foire de Bologne, Mecque de la littérature jeunesse qui a choisi la Communauté française comme invitée d'honneur en 2007.

Unique et duel, voyageur avant d'être auteur, Carl Norac se retrouve à travers tous ses livres, pour adultes ou enfants. Concise, dense et libre, sa plume séduit par sa vérité et réelle sensibilité. Natif du Hainaut, Français d'adoption depuis qu'il vit à Olivet près d'Orléans, Carl Norac reçoit enfin les hommages qui lui reviennent à l'occasion de ses vingt ans d'écrits et d'images. Exposé à Olivet puis à La Louvière, à l'occasion de l'inauguration du Centre de littérature jeunesse, il pose en notre compagnie un regard sur son oeuvre, ses souvenirs, ses rapports avec les différents illustrateurs qu'il choisit ou qui l'ont élu. Il a la simplicité et l'humilité des grands hommes. Cet état d'esprit lui vaut une reconnaissance universelle, à lui qui, par "Les mots doux", magnifiquement illustrés par Claude K. Dubois, a conquis l'Amérique. En tête des ventes jeunesse pendant deux mois aux Etats-Unis en 1998, ce livre traduit en 17 langues, a touché les habitants du Nouveau Monde là où ils avaient mal. A l'instar de Lola, hamster féminin de son état, qui ne parvient à émettre les mots doux retenus dans sa gorge. Personne n'est là pour l'écouter. Son père est déjà parti travailler. Sa mère n'a pas le temps. Air connu de ce côté-ci de l'océan, également. "Là-bas, le livre a été traduit par " ". Aux Etats-Unis, il y a une réelle difficulté de dialogue entre parents et enfants à propos de l'amour. Je crois que mon livre révélait vraiment un problème actuel. Il s'agissait d'une question brûlante. Quand on fait des livres affectifs, il y a tou jours des gens qui viennent vous en parler. J'en ai déjà vu pleurer lors d'une dédicace." Plusieurs prix littéraires et sa présence dans deux anthologies récompensent également cette publication. On doit également à Carl Norac "Le sourire de Kiawak", illustré par son grand complice Louis Joos, "Un secret pour grandir" en duo avec l'autre grand Carll du pays, appelé Cneut cette fois ou "La Grande Ourse" avec la singulière et brillante Kitty Crowther, belge elle aussi malgré ses origines anglo-suédoises. Autant d'univers différents qui ont séduit les jeunes lecteurs, grâce sans doute à l'enfance solitaire de notre homme qui cherchait ses amis au coin du bois.

Fils de...

Fils du grand auteur Pierre Coran et de la comédienne Irène Coran, l'enfant accompagne ses parents dans leurs pérégrinations artistiques et donne parfois vie à leurs marionnettes, caché derrière le castelet. Ayant grandi dans une cité populaire, il invente, comme Panamarenko, toutes proportions gardées, des machines volantes telles ce vélo planeur jamais breveté. Lorsqu'il déménage pour Erbisoeul, petit village niché dans une forêt du Hainaut, il rencontre ses amis les arbres, improvise des cabanes et écrit ses premières histoires au fil des sentiers. En grandissant et en se forgeant aux écrits de Rimbaud ou Michaux, il noircit, poèmes à l'appui, de nombreux journaux intimes, bercé ou emporté par les chansons de Bowie ou de Lou Reed. Il épouse ensuite la ville de Liège, remporte son premier prix littéraire en 1979 pour un poème inspiré par Gérard de Nerval avant de devenir professeur de français dans le secondaire supérieur.

Vagabondages

Premier vrai départ en 1984 pour des vagabondages l'emmenant jusqu'en 1990, des chaleurs de l'Asie aux glaces de l'Arctique; autant de pas dont l'empreinte s'inscrit dans ses livres. "Depuis l'adolescence, j'ai deux passions : l'écriture et les voyages. Longtemps, je n'ai pas mêlé ces deux désirs. Je n'écrivais pas en voyageant. J'avais coutume de dire : "La beauté du monde me rend muet". Je craignais aussi de tomber dans le cliché de l'écrivain aux "semelles de vent". J'ai donc commencé par sillonner plus de trente pays sans remplir une page de souvenirs. Mais, comme le disait si bien Nicolas Bouvier, " ". Ainsi, au fil du temps, au rythme des pas, je me suis peu à peu rapproché d'une écriture qui soit en chemin avec moi", écrit-il. Les premières traces de cette vie de globe-trotter se dessinent sous les pinceaux aiguisés de Louis Joos. Ce grand illustrateur a pu donner visage aux voyages de l'auteur grâce aux dessins, tels ceux du petit Kiawak, jeune pêcheur inuit étonné de voir sourire le poisson qu'il vient de tuer. Directement inspiré d'une statuette ramenée du Canada, ce personnage incarne l'esprit de la lettre. Depuis l'enfance, Carl Norac cultive une fascination pour le Nord extrême, la banquise comme une page blanche. "Je m'adresse toujours à Louis Joos pour parler d'un pays où je suis allé, pour peindre une ambiance de voyage. J'aime jouer sur les différences plus que sur les affinités. Grâce à lui, le lecteur devient un voyageur qui part vraiment."

Pause souvenir

Pause souvenir ensuite, à l'exposition "Carl Norac, collectionneur d'instants", face aux originaux de "Nemo et le volcan", autre merveilleux opus des deux complices. "L'histoire de "Nemo et le volcan" est un peu la mienne. J'ai failli mourir sur le Krakatu quand j'avais environ 30 ans. Lorsque ce volcan s'est réveillé, ses cendres ont traversé l'atmosphère et l'on dit que Edward Munch, qui les aurait aperçues en Norvège, les a représentées dans "Le Cri". Quand on voit un volcan entrer dans une telle fureur, on lui donne une âme. C'est une habitude d'enfant de personnifier les éléments naturels, voilà pourquoi j'aime que ceux-ci puissent avoir le rang de personnage", nous confie Carl Norac qui aime s'entourer d'objets lorsqu'il écrit pour partir de traces concrètes. Les illustrations qu'il découvre ensuite achèvent chacun de ses voyages réels ou littéraires. Plein de gratitude à l'égard d'illustrateurs qui le comprennent bien, il admire leur talent et la touche indispensable qu'ils apportent aux écrits qu'il ne cesse d'élaguer et qui paraissent très souvent chez Pastel. Chaque mot est pesé, compté, pensé, trié.

Relativement courts, malgré des exceptions comme "Sentimento", histoire d'un pantin magistralement illustrée par Rebecca Dautremer, ses récits attendent plusieurs mois avant de connaître leur point final. Pour la première fois, Carl Norac travaille à l'écriture d'un roman pour adolescents suite à une commande de Gallimard jeunesse et avoue être impressionné par ce nouveau rythme. Il vient aussi de sortir un magnifique livre-cd sur Erik Satie. Pari difficile mais réussi. Entre musique, non-sens et histoires drôles, le texte poétique de Carl Norac est récité par François Morel et "L'homme qui avait un petit piano dans la tête" trotte déjà dans de nombreux imaginaires. Comme le tout récent "La vie en bleu", en bleu à l'âme.

© La Libre Belgique 2006