Livres - BD

Vendredi dernier, ici-même, nous applaudissions l’une ou l’autre des remarquables intégrales en cours de publication chez Dupuis (les "Spirou et Fantasio" de Franquin, la "Natacha" de Walthéry, les "Tif et Tondu" de Will, la "Yoko Tsuno" de Roger Leloup, les "Johan et Pirlouit" de Peyo, les "Lucky Luke" de Morris, etc.); le Lombard n’est pas en reste (au fait, à quand une intégrale des "Pom et Teddy" de François Craenhals ?), Lombard qui, ces jours-ci, propose aux bédéphiles la réédition des premiers albums de Jari et Jimmy Torrent , deux des plus populaires héros créés par Raymond Reding, qui précédèrent ses autres séries sportives telles que "Vincent Larcher" à partir de 1963, "Eric Castel" dès 1979 et "Section R" dès 1972.

De Jari et Jimmy, les trois aventures (devenues introuvables depuis belle lurette, même si "Le Secret de Jimmy Torrent" reparut en 1996 chez Lefrancq) ici rassemblées firent les beaux jours du journal "Tintin" lors de leur prépublication entre 1957 et 1960. MONSIEUR VINCENT, AUSSIAvec Jari, le tennis faisait son entrée dans le cercle de la Bande dessinée, sans doute parce que, dans sa jeunesse, Raymond Reding avait pratiqué ce sport (autant que la natation) avec brio, multipliant les participations à des tournois jusqu’en 1939. Né le 23 février 1923 à Louviers, dans l’Eure (mais - à l’instar d’un Jacques Martin, d’un Tibet ou d’un Jean Graton - ce Français passera presque toute sa vie en Belgique, sa famille s’y fixant dès 1932), l’auteur (en 1952) du "Pacte de Pashutan" est décédé à Anderlecht le 26 avril 1999; pianiste de jazz à ses débuts, il publia, au lendemain de la Libération, ses premiers récits dans "Bravo !", qu’illustrera le mystérieusement si oublié Jean Dratz Entré chez "Tintin" en 1950, R.R. y fera paraître l’un des chefs-d’œuvre de la biographie édifiante, "Monsieur Vincent l’ami des pauvres", qui conte la vie admirable d’un saint Vincent de Paul qui, à l’écran, eut les traits de Pierre Fresnay dans le film ("Monsieur Vincent") de Maurice Cloche en 1947, dialogué par Jean Anouilh. "Monsieur Vincent" sortit en album au Lombard en 1957 et reparut en 1992 chez Hélyode; une nouvelle édition en est annoncée dans la collection "Millésimes" du Lombard, pour la fin août 2009.

Jeune orphelin, fou de tennis, Jari devient le protégé d’un as anglais de la raquette, Jimmy Torrent, qui va l’amener à se perfectionner, avec l’appui d’un mécène haut en couleur (qui conférera une touche humoristique à ces récits palpitants). Des histoires gorgées de bons sentiments - ceci dit sans connotation péjorative -, de suspense, d’émotion, mises en page dans un style réaliste par un artiste qui était soucieux de mettre à l’honneur des valeurs humaines comme le courage, la générosité, le don de soi. Ce recueil à parfum rétro réunit "Jari et le champion", "Jari dans la tourmente" et "Le Secret de Jimmy Torrent". De prochains volumes nous procureront-ils le plaisir de (re)découvrir d’autres aventures de ce duo, de "La dernière chance de Larry Parker" à "Jari au Pays Basque" ? DISTRICT 77Autant ces "Jari" d’hier évoluent dans un univers étoilé de bons sentiments, comme nous l’observions à l’instant, autant certaines productions récentes du Lombard - les temps ayant bien changé - reflètent des mondes infiniment plus glauques. N’en prenons pour preuve, convaincante, que la série "District 77" dont paraît le dernier des volets du premier cycle, "Big-Boss Requiem" succédant à "Lili" et à "Furiani Vendetta" parus en 2006 / 2007. Un polar des plus noirs, solidement construit, dessiné presque hyperréalistement par Denys sur scénario musclé de Jean-Philippe Dugand. Intrépide protagoniste de cette chronique cauchemardesque d’une grande ville américaine, une jeune policière aux bleus à l’âme, Lili Lafayette, plongée dans l’enfer de la violence. Émois garantis.