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Poète et écrivain, ancienne enseignante, Colette Nys-Mazure est un témoin privilégié de la dynamique poétique. L'auteur de "Célébration du quotidien" nous partage son expérience.

Quelle est votre expérience des Midis de la Poésie ?

J’en ai donné pas mal, notamment avec Robert Delieu, Eveline Legrand ou Alain Carré, et ce rendez-vous m’a toujours beaucoup plu, j’y ai parlé de thèmes qui me tenaient à cœur. J’aime le cadre strict de 50 minutes, qui permet d’aller au vif du sujet, de ne pas fatiguer, un peu comme un cours… C’est une belle initiative, et j’ai été frappée de voir combien leur public s’est renouvelé – ils invitent ainsi des classes de Bruxelles ou d’ailleurs.

Dans “Eveil à la poésie”, vous dites que nous avons besoin d’un regard qui poétise la vie. Aujourd’hui plus que jamais ?

Oui, pour autant qu’on entende bien le sens du mot “poétiser”, qui n’est ni édulcorer, ni rendre mièvre – souvent la poésie reste associée aux petites fleurs et aux oiseaux ! Poétiser allie la dénonciation et la célébration. Pour moi, c’est capital : à la fois crier ce qui ne va pas, ce qui nous choque, mais aussi célébrer la fête d’être au monde. Poétiser, c’est être attentif à autre chose que ce que nous propose la consommation immédiate, la course quotidienne, c’est exciter l’attention des sens, du cœur, de l’esprit, de l’âme, c’est être des humains au monde.

En quoi la poésie est-elle pour vous une résistance vitale ?

J’ai été frappée par tous les récits que j’ai lus de Jorge Semprun, Robert Antelme ou Simone Veil, ceux qui ont été enfermés dans les camps, allemands ou russes : combien ils ont pu survivre grâce à la poésie. Je pense vraiment que la poésie nous aide à tenir le coup. C’est une nappe phréatique dans laquelle on retrouve toutes les émotions : peur, émerveillement, colère. Il ne faut pas administrer la poésie mais montrer combien elle est consubstantielle à nos vies. La vie poétique, moi j’y crois, à tous les âges !