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Albums tendresse, albums fusion: lionceau coquin, éléphanteau fusionnel ou princesse obsessionnelle, tous veulent leur maman, l'imitent, la suivent, la poursuivent, sans lui laisser le moindre espace de respiration. Mais qui s'en plaindrait réellement? Toute mère raisonnable sait, et regrette parfois au plus profond d'elle-même, que cet amour passion ne dure qu'un temps.

Pour traduire cet attachement unique au monde et, en guise de remerciement à sa propre mère, David Melling publie un album sobre et touchant.

«Comme maman» raconte l'histoire de ce lionceau fier de se réveiller chaque matin, «comme maman», de bâiller, de s'étirer et d'être prêt, «comme maman». Il confiera également à quel point sa mère le cajole en cas de souci ou le soigne en cas de blessure, dessin convaincant à l'appui. L'artiste, en donnant voix à l'animal choisi, n'omettra pas de relever les contradictions dont sont faits tous les parents et dont les enfants sont très vite conscients.

David Melling réussit, par le texte comme par le dessin, à traduire les émotions ressenties par les petits qui, au fil du récit, se blottiront sans doute discrètement dans les bras de leur maman.

TOUT PRÈS DE MAMAN

C'est également l'aspect fusionnel de la relation mère-enfant qu'explorent Carl Norac et Catherine Pineur dans «Tout près de Maman», un album bondissant et attendrissant dans lequel Cléo, un petit éléphant aux allures de clown blanc, craint réellement de perdre sa maman. Au point de bousculer fleurs, arbres, animaux dans sa course effrénée pour retrouver l'auteur de ses jours.

Anxieux et débordant d'imagination, l'éléphanteau a déjà envisagé mille scénarios pour retrouver la trace de sa mère, à l'instar du petit Poucet dont le conte finit toujours par resurgir. Car la crainte de perdre ses parents ou d'être perdu reste une angoisse existentielle et essentielle pour apprendre à grandir.

JE VEUX GRANDIR

Même la redoutable petite princesse de Tony Ross, qui, avec ses cheveux hirsutes, sa bouche grande ouverte pour crier, son inséparable chemise de nuit, est toujours prête à affronter tous les obstacles pour obtenir gain de cause, veut sa maman!

Qu'elle renverse un pot d'eau sur son joli dessin, qu'elle se cogne le genou, qu'elle croise un monstre sous son lit, qu'elle voie arriver le prince pour jouer avec elle, l'adorable peste n'a qu'une phrase à la bouche: «Je veux ma maman!», cette reine aussi célèbre que sa fille, toujours flanquée d'un fichu sous la couronne. Jusqu'au jour où elle est invitée à jouer chez la petite duchesse avec chips et vidéo à l'appui...

Ou quand l'indépendance de l'une rend l'autre dépendante.

LE PETIT BATEAU DE PETIT OURS

Petit Ours, lui, est prêt à partir vers d'autres rivages à bord d'un petit bateau dont il voudrait ne jamais se séparer. Mais Petit Ours grandit et finit par ne plus pouvoir entrer dans son embarcation. Pourtant, lorsqu'il y était couché, il fermait les yeux, rêvait et était heureux.

Devenu réellement trop grand pour aller dans son bateau, Petit Ours apprit ainsi que le destin d'un ours est de grandir et la difficulté qu'il a à se détacher de son bateau traduit en réalité la peur de franchir une nouvelle étape.

Il sera finalement motivé par l'idée de confier son bateau à plus petit que lui, découvrant ainsi les joies de la transmission et prouvant par là que grandir n'a pas que des inconvénients, dans un album frais et tendre, lui aussi.

Cléo se retourne.

Il ne voit personne. Maman!

© La Libre Belgique 2004