Livres - BD

Illustré de manière chatoyante mais pas forcément convaincante par Jean-Claude Götting, «Le secret du roi des serpents» séduit surtout par sa langue et son contenu. Signé Jean- François Deniau, de l'Académie française, ce récit nous mène à l'étrange royaume d'un berger vivement récompensé pour son courage. Vivant en Sologne, le jeune homme avait les chevaux jaunes comme les pattes de ses moutons. Un jour, alors qu'il gardait son troupeau, il sent une étrange odeur de brûlé, s'approche et découvre un incendie. Au milieu des flammes, un jeune serpent lui demande de le sauver, ce que fera le berger sans hésiter un instant. Grâce à cet acte héroïque, il reçoit le secret du roi des Serpents, un secret que nous ne dévoilerons pas mais qui permet au héros d'être bien informé. Un cadeau utile et une belle entrée en matière pour les albums à suivre, privilégiant les contes exotiques ou politiques.

PRINCESSE LAQUE

Contes, toujours, avec la Princesse Laque et les illustrations presque pointillistes de Patrice Favaro qui nous mène dans le lointain royaume de Birmanie.

Fille d'un humble artisan, la Princesse Laque était ainsi nommée car il n'existait personne de plus habile qu'elle pour décorer les objets en laque et tout ce qu'elle gravait semblait prendre vie. Ayant entendu parler de l'artiste, un roi orgueilleux voulut qu'elle soit uniquement à son service. Mais la princesse avait trop de choses à dire pour servir à la cour et faillit payer de sa personne ce besoin de défendre les opprimés. Privée de liberté, elle raconte à tous les villageois les dessins réalistes qu'elle gravait sur ses oeuvres d'art afin de représenter l'histoire d'un peuple terrorisé par un tyran.

Rappelant à bon escient combien, même difficile, la parole est parfois libératrice, le conte contient également des éléments tirés de la réalité, une réalité observée par Françoise Malaval et Patrice Favaro lors d'un de leurs voyages en Birmanie, la Princesse Laque n'étant autre que Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, assignée à résidence depuis 1989. Rappelant ou apprenant au lecteur que le Myanmar (autre appellation pour la Birmanie) est, depuis des décennies, la proie d'une dictature militaire qui a fait des milliers de victimes, les auteurs dénoncent les pratiques des généraux au pouvoir et l'absence totale de liberté d'expression tout en rappelant le combat que mène Amnesty International dans ce pays. Un conte utile et politique qui passe aisément de la légèreté à la gravité.

OU ES-TU IEMANJA ?

Moins dense que «Princesse Laque», «Où es-tu Iemanjà?» raconte à son tour les coutumes d'un peuple opprimé puisque les Africains ont été envoyés au Brésil comme esclaves par les colonisateurs portugais. Convertis de force à la religion catholique, ils ont secrètement gardé leurs dieux - les orixas - et leurs cérémonies en les masquant derrière les saints et les fêtes de la religion de leurs maîtres. De nombreux Brésiliens transmettent encore cet héritage aujourd'hui.

Déesse des mers, Iemanjà, célébrée en cachette la nuit de la Saint-Sylvestre, incarne l'Immaculée conception et toute sa séduction.

Joli conte enfantin qui nous mène sur les rives du Brésil sans cependant nous emporter totalement. La cause défendue mérite cependant d'être rappelée et l'ouvrage est de qualité.

LA VOYANTE DU TEMPLE

Toujours ancrée dans la réalité, l'aventure de «La voyante du temple» se déroule au Viêt Nam au XIXe siècle. Certains détails sont puisés dans l'histoire familiale de l'auteur, Marcelino Truong. Sa grand-mère vietnamienne ne prenait en effet aucune décision importante sans consulter l'un des devins tenant boutique dans les cours des temples bouddhiques. Comme Fleur d'eau, les grands- parents de l'auteur possédaient un mainate savant, oiseau noir et brillant, vif et volubile, capable d'imiter jusqu'aux gargarismes du grand-père. D'où son surnom de «Glou-glou», pas très heureux, nous en conviendrons. Toujours est-il que Fleur d'eau se fait du souci pour l'oiseau qui a cessé de s'exprimer. La famille décide alors d'aller voir l'oiselier pour aider le mainate. De son côté, la fillette part voir la diseuse de bonne aventure du temple, laquelle semble pouvoir éclaircir la situation. Délicat et d'actualité à l'heure des prédictions de janvier.

© La Libre Belgique 2006