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Engagé en 1946 au ministère des Affaires intérieures de l’URSS, un jeune natif de Géorgie, Alexander Davidovitch Vielski, est amené à travailler à la Loubianka, l’immeuble cauchemardesque qui abritait à Moscou les services secrets dirigés par Lavrenti Beria (qui sera exécuté en 1953, au lendemain du décès de Staline). En ce temps de guerre froide, Alex a encore foi dans le communisme, convaincu qu’il est d’œuvrer contre les ennemis du régime. Or voilà qu’on l’oriente vers les caves de la Loubianka, au cœur d’un laboratoire où officie le professeur Grigori Maïranovski (qui mourra en 1964); celui-ci, sur des prisonniers vivants, y expérimente des poisons. A ce monstre ordinaire sont ainsi livrés des condamnés dont "il ne connaissait rien d’eux sinon qu’il pouvait en user à sa guise" D’entre ces martyrs, l’un bouleversera le destin d’Alex : un quasi-moribond, juif comme lui-même l’est, qui le supplie de l’épargner. Ce torturé n’est pas un personnage tiré de l’imagination du romancier français François Langlade : c’est Raoul Wallenberg, l’homme d’affaires suédois qui, en Hongrie occupée, s’y faisant passer pour diplomate de son pays neutre, sauvera de la mort des milliers de Juifs sur le point d’être déportés par les nazis vers les camps d’extermination en Pologne. (Rappel aux aînés d’entre nos lecteurs bédéphiles : dans "Spirou", au début des années 50, l’action de ce Juste fit l’objet de deux "belles histoires de l’Oncle Paul" écrites par Jean-Michel Charlier et illustrées par Jean Graton.) A Vielski, Raoul Wallenberg révèle son identité. De ce héros, qui tomba entre les mains des Soviétiques en 1945, on ne sut jamais ce qu’il advint : on le découvre ici. Du moins, apprend-on la fin que lui prête l’auteur de ce roman qui repose sur des faits réels. Un récit terrifiant - qu’ensoleille ce qu’affirme le Talmud de Babylone : "Qui sauve une vie, sauve l’humanité tout entière."

Les vies sauvées d’Alexander Vielski François Langlade Robert Laffont /294 pp., env. 20 €