Dans la peau d'un Jules

Francis Matthys Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Après un Napoléon, un de Gaulle, un Victor Hugo dans la peau desquels il se glissa pour les restituer de l'intérieur dans des livres qui se vendirent à la tonne, l'historien et romancier Max Gallo nous fait monter à bord de Jules César. Qui, rappelons-le, n'est pas qu'un comparse d'Astérix ou le titre d'une chanson de Lange Jojo, ni uniquement le conquérant qui salua la bravoure de nos ancêtres (page 222: «De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus courageux. Ils descendent des Germains»). Pour Gallo, César est «un homme d'une stature exceptionnelle, secret, ambitieux mais attachant». Il n'en fallait pas plus - question cocktail de défauts et de qualités - pour ouvrir l'appétit du «balzacien» romancier du cycle de «La Machinerie humaine» (dix volumes publiés entre 1992 et 1999) et le pousser à traduire la «fascinante humanité» de son modèle à voile et à vapeur. Celui qui, dans la nuit du 11 au 12 janvier 49, à l'instant de franchir le Rubicon, lança un Alea jacta est!- «Le sort en est jeté!» - qui défierait les siècles. A côté de ce César d'images d'Epinal, il y a aussi le guerrier devant lequel Vercingétorix s'inclina (rappelez-vous, lecteurs bédéphiles, l'«Alix l'intrépide» de Jacques Martin!) et il y a le séducteur chauve qui installera Cléopâtre sur le trône d'Egypte: elle s'approchera de lui, roulée dans un tapis (songeons à la Liz Taylor de 1963, dans le monument de Mankiewicz, ou, trente ans plus tôt, à la Claudette Colbert du péplum de Cecil B.De Mille). Un homme qui, par son génie politique et militaire, maîtrisa le monde méditerranéen et régna sur Rome. Une figure complexe, dont son évocateur rappelle qu'il était seul - malgré ses épouses et ses amants - et, donc, «en perpétuel danger». On sait qu'à force de tutoyer les astres, de regarder le soleil dans les yeux, on se brûle: César ne pouvait échapper à la loi qui rappelle aux humains qu'ils ne sont pas des dieux, si tentés soient-ils de le croire ou de le souhaiter. Ce colosse aux pieds d'argile, à qui, selon Gallo, la civilisation occidentale doit ses fondements, s'était forgé des ennemis. De mortels ennemis. N'est-ce pas d'ailleurs sous le couteau de son fils adoptif, Marcus Brutus (mais au parricide s'ajouteront d'autres régicides), qu'il tombera en mars 44, à cinquante-six ans, succombant à vingt-trois blessures si l'on en croit Suétone? Il tombera en murmurant ce mot qui fera florès: Tu quoque, filii!, «Toi aussi, mon fils!», qui était une imprécation grecque. L'expression a beau être usée jusqu'à la corde, laquelle d'autre conviendrait pour ce Gallo à couper le souffle: «se lit comme un roman»?

FILLE D'EMPOISONNEUSE

En 1990, la romancière (et bientôt cinéaste) belge Nadine Monfils publiait «Les fleurs brûlées», où elle mettait en scène la fille aînée de Marie-Madeleine de Brinvilliers, l'empoisonneuse (arrêtée à Paris en 1676) qui avait déjà inspiré un roman à une autre de nos écrivaines, Irène Stecyk («Une petite femme aux yeux bleus», prix Rossel 1972), puis «La Marquise des Ombres» à Catherine Hermary-Vieille, en 1983. Dans «La Reine des Ténèbres» - un titre en diamant pour un roman gothique!-, Françoise Hamel (naguère biographe de Ninon de Lenclos) tourne le projecteur sur Marie-Marguerite, fille, elle aussi, d'une monstresse du Grand Siècle: Catherine Monvoisin, dite la Voisin. Une fille condamnée à être emmurée vivante, à Belle-Ile-en-Mer, afin qu'avec elle disparaisse une personne qui en savait trop sur les pratiques meurtrières de sa génitrice, familière des cérémonies sataniques auxquelles participa Madame de Montespan, l'une des favorites de Louis XIV dont elle eut huit enfants. Et ce, au coeur de l' affaire des Poisons qui défraya la chronique et à la suite de laquelle fut créée la Chambre ardente. Qui jugea la Voisin et la fit exécuter en 1680, à quarante ans.

© La Libre Belgique 2003

Francis Matthys

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