Dans les entrailles de l’enfer

Myriam Leroy Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Et dire que certains, comme à Jette et à Charleroi, lors de l’installation de leur conseil communaux, ont l'audace nauséabonde de tendre le bras sans être terrassés par le déshonneur.

Le Belge a parfois la mémoire qui flanche…il ne se souvient plus très bien. Peut-être parce que ses implications dans les massacres perpétrés au nom du national-socialisme ont été tues au maximum. De honte. Car à Breendonk, chantre de l’horreur nazie chez nous, ce furent les SS belges les plus cruels bourreaux. Une réalité difficile à concevoir. Et pourtant…

« …Vous qui entrez, laissez toute espérance ». Ce sont ces vers de l’Enfer de Dante, inscrits sur la porte massive du fort, qui « accueillent » les forçats à Breendonk, dès 1940. Difficile d'imaginer plus cruelle entrée en matière.

Economie d'hémoglobine

Les éditions Jourdan rééditent deux témoignages poignants de rescapés de ce camp de la mort. Celui de Frans Fischer, journaliste, député socialiste, échevin à Schaerbeek nommé ministre d'Etat en 1945, ainsi que celui d'Edgard Marbaix, haut fonctionnaire au ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. Le premier fut emprisonné à Breendonk en 1941, sans raison apparente. Le deuxième rejoignit ses murs de souffrance en 1943.

Avec pudeur et dignité, ils relatent un quotidien terrible, fait de privations, d'humiliations et de passages à tabac. La solidarité entre camarades d'infortune, aussi... Qui prouve qu'il ne faut pas forcément que les conditions soient réunies pour que l'être humain s'élève. Que la barbarie la plus sauvage peut cotoyer la bonté sincère sans la souiller. Qu'il ne faut pas verser sur papier des litres d'hémoglobine pour frapper durement les esprits.

Frans Fisher et Edgard Marbaix, livrent un regard convergent infiniment sensible sur l'un des épisodes les plus noirs de l'histoire de Belgique, porté par une jolie plume aux accents désuets.

Les Bienveillantes/Breendonk, les deux faces d'une même médaille

A l'heure où les cénacles littéraires portent aux nues les « Bienveillantes » de Littel et son infect Max Aue, il serait dommage de passer sous silence les récits de deux hommes tellement brisés par le camp qu'ils le lui survécurent guère. Lire ces deux ouvrages en parallèle leur apporte d'ailleurs, à l'un comme à l'autre, une perspective fascinante. Une incarnation humaine, de sang et de larmes.

« [...] Au nom de l'humanité, qui y a vu s'y prostituer, dans la chair de ses enfants, les plus nobles idéaux de la Dignité humaine. J'accuse... Et je vous maudis, ô Breendonk-la-Mort. ». Edgard Marbaix épilogue pour que nous n'oublions pas... Et il est difficile de lui faire offense : on sort ému, et même, un peu différent de ces témoignages. Certainement plus intolérant face aux extrémismes, et réconcilié avec la nature humaine.

"Breendonk", Editions Jourdan, Collection Terres des Belges, 16,90 €, ISBN: 2-930359-74-9

Myriam Leroy

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM